VALÈRE, ISABELLE, NÉRINE, PASQUIN
ISABELLE
Ah! mon frère, que j'ai besoin de votre secours !
VALÈRE
Ah ! ma sœur, que j'ai besoin de vos conseils !
ISABELLE
• Mon père me met au désespoir.
VALÈRE
Mon père me veut faire mourir de douleur.
ISABELLE
Il prétend que j'épouse monsieur Michaut.
VALÈRE
11 veut que je me marie avec la vieille comtesse.
ISABELLE
11 faut que je périsse, si je lui obéis .
Il faut que j'expire, si je ne lui résiste pas.
Voilà qui débute bien. Jusqu'ici vos fortunes sontpareilles, ne se ressemblent-elles pointencore par d'autres circonstances?
VALÈRE
Ah ! Nérine, ma sœur est moins à plaindre que moi : si elle n'a pas la force de résister, elle en seraquitte pour vivre quelque temps malheureuse, avec un mari qu'elle sera en droit de haïr ; mais mon sort est si cruel, que je ne saurais suivre les ordres de mon père, ni lui déclarer les i aisons qui m'en empêchent.
NÉRINE
Nous sommes dans le même cas,
VALÈRE
Comment donc?
NÉRINE
Expliquez-vous un peu plus clairement, et nous nous rendrons plus intelligibles.
ISABELLE
Mon frère, ne me déguisez rien, je vous en conjure.
VALÈRE
Ah! ma sœur, je n'oserais parler; la moindre indiscrétion me perdrait.
NÉRINE
C*est tout de môme ici; un mot, lâché mal à propos est capable de gâter toutes nos affaires.
ISABELLE
Croyez- vous, mon frère, que je sois capable de vous tVahir ?
VALÈRE
Puisqu'il faut ne vous rien celer, ma sœur
Pasquin, dis-lui ce q[ui s'est passé, je n'ai pas la force de l'avouer moi-même.
PASQUIN
Moi, monsieur, révéler un secret ! Vous me prenez pour un autre.
VALÈRE
Tout ce que je vous avouerai en général, c'est que je ne puis plus me marier désormais.
ISABELLE
Hélas I mon frère, il ne m'est pas plus permis qu*à vous de consentir au mariage qu'on me propose.
VALÈRE
La dureté de mon père m'a contraint à prendre de certaines résolutions, dont je ne puis, ni ne veux me dédire.
ISABELLE
La même raison m'a mise dans la nécessité de consenlir à des engagements, que rien ne peut rompre désormais.
VALÈRE
Je suis marié, ma sœur.