VAL EUE
J'ai beaucoup de respect pour vous, Madame, mais c'est tout ce que votre personne peut m'inspirer.
ORONTE
Il n'est-pas question ici ni d'amour ni de respect. Les propositions que me fait Madame, sont si avantageuses pour vous et pour moi, que vous ne sauriez mieux faire que de l'épouser.
Destouches. 3
Quoi ! Faut-il que l'intérêt vous oblige à me rendre malheureux? Jetez sur moi des yeux de père, et ne désespérez pas un fils qui se jette à vos genoux, et qui est résolu de mourir plutôt mille fois, que de se laisser sacrifier impitoyablement.
ORONTE
Lève-toi, fripon, tu m'attendris.
VALÈRE
Je ne me lèverai point que vous n'écoutiez les raisons. . ..
ORONTE
Je crois qu'elles ne sont pas mauvaises ; mais j'ai donné ma parole à Madame. Oh çàl je ne veux point te contraindre à l'épouser, mais je te prie de t'y résoudre pour l'amour de moi. Pourrais-tu refuser à ton père une grâce qu'il te demande, lorsqu'il est en droit de te faire obéir ?
VALÈRE
Je prends le ciel à témoin que je vaincrais tout à l'heure ma répugnance, pour répondre à un procédé si doux et si obligeant, s'il dépendait encore de moi de vous complaire en ceci ; mais vous me forcez à vous dire, et môme devant tout le monde, que je ne suis plus libre, et que ma foi est engagée pour jamais.
ORONTE
Pour jamais! Sans mon consentement?
VALÈRE
Ne vous prenez qu'à vous-même de la démarche hardie que je viens de faire. Vous n'avez jamais voulu me marier. J'ai pris une femme sans votre aveu. Mon oncle et tous mes parents me l'ont conseillé, et c'est en leur présence que j'épousai Julie, il y a huit jours.
ORONTE
Je suis bien aise de savoir cela, Monsieur le coquin, je sais les mesures que je dois prendire.
VALÈRE
Toutes vos mesuies seront inutiles. Je prie le ciel de me confondre, si je prends jamais une autre femme que Julie. 11 n'y a rien à redire à cette alliance : tout le monde connaît Julie pour