SCÈNE VII
LISIMON, JULIE, NÉRINE.
LISIMON.
Oh çà, je n'ai pas de longs discours à vous faire. Je vais vous dire tout en trois mots : Je vous aime !
JULIE
Vous êtes fort galant aujourd'hui. Nérine, suisje bien coiffée ?
NÉRINE
A merveille.
LISIMON.
Voilà les femmes ; elles ne sont occupées que
de leurs ajustemenls. Trêve de coiffure ; il s'agit d'affaire sérieuse.
JULIE
Oh! point de sérieux, je vous prie. Je veux me distraire de mes chagrins, et je ne cherche qu'à égayer mon imagination.
LISIMON.
Écoutez-moi, de grâce.
JULIE, à Nérine.
Le deuil me va-t-il bien ?
NÉRINE
II vous pare tout à fait. Et moi, comment me trouvez- vous ?
LISIMON.
J'enrage !
JULIE
Je ne t*ai jamais vue si jolie.
NÉRINE
Cela doit être ; car je porte le deuil de bon cœur. Je ne le cache point, je suis ravie que votre mère soit défunte. La vieille folle ! Vous abandonner à l'âge de dix ans, et cacher le lieu de sa retraite ! Se marier en secondes noces, sans le demander à personne ! S'enrichir puissamment par ce second mariage ; et, au lieu de vous faire part du bien qu'elle avait acquis, s'amouracher d'un jeune godelureau, le faire en mourant son légataire universel, et vous déshériter par son testament I Oh ! si le diable ne l'a pas emportée, c'est qu'il aura craint qu'elle ne voulût l'épouser en quatrièmes noces !
J IJLIE.
Finissons, Nérine, et ne traitons jamais cette matière.
LISIMON.
Oui. Revenons à ce que je vous avais proposé, cela vaudra mieux.
NÉRINE
Écoutez, écoutez. Monsieur va vous dire de belles choses. Il veut vous marier.
JULIE
Me marier? Oh I vous m'allez rendre d'aussi mauvaise humeur que vous.