‹ Théatre choisi; nouvelle édChapitre 130 sur 369 · ACTE î, SCENE I. 2iî · texte numérisé non relu

ACTE î, SCENE I. 2iî

ERGASTE

Dès ce soir.

LÉLIE

Et tu crois qu'il te parlait sans feinte ?

ERGASTE

Sans feinte.

LÉLIE

Ah ! si d'amour tu ressentais l'atteinte, Tu plaindrais moins ces mots qui te coûtent si cher, Et qu'avec tant de peine il te faut arracher, Et cette avare Écho, qui répond par ta bouche, Serait plus indulgente à l'ennui qui me touche.

Gomme on m'a tout appris, je vous l'ai rapporté ; Je n'ai rien oublié, je n'ai rien ajouté. Que désirez-vous plus ?

LÉLTE.

Aux choses d'importance Oublier quelquefois la moindre circonstance, Un regard, un souris, un mot, une action, Ruine absolument notre prétention ; Et, sachant à quel point cet entretien m'importe, Je t'y puis voir, cruel, répugner de la sorte ?

ERGASTE

Ne vous touchant pas tant, j'y répugnerais moins ; Mais cette amour enfin vous coûte trop de soins.

LÉLTE.

11 m'en coûte, il est vrai, mais j'en aime les causes: Les épines d'amour ne sont point sans leurs roses, Et, cpiand il faut souffrir pour de si doux appas, Je tiens pour malheureux celui qui ne l'est pas. Au reste, étant l'auteur de mon inquiétude, La peux-tu négliger sans trop d'ingratitude ? Sans tes conseils...

ERGASTE

Eh bien, n'est-on pas malheureux De vouer son service à ces fous d'amoureux? Faites que le succès réponde à leur caprice, On leur rend un devoir, non pas un bon office ; Le péril d'un gibet est le moindre danger Où, pour servir leur flamme, on se doit engager; Mais si quelque accident par malheur les menace, On est absolument auteur de leur disgrâce ; Soit que le sort enfin leur soit cruel ou doux,

218 LÀ SCftÛ&.

Tout le bien leur est dû, tout le mal vient de nous.

Votre confusion est l'effet que mérite

La bouillante chaleur d'une amour illicite ;

J'en avais bien prévu ce triste repentir,

Et je n'ai pas manqué de vous en avertir ;

Mais, malgré ces avis qui ne profitaient guères,

Je ne puis refuser mes soins à vos prières.

LE LIE

Voyant le précipice où tu guidais mes pas, Quoique sollicité, tu ne le devais pas.

ERGASTE

Le temps vous rend savant, l'épreuve vous fait sage ; Mais vous étiez bien loin dé tenir ce langage, Quand, d'une impatience égale à Vos douleurs, Pendant à mes genoux, les yeux baignés d<e pleurs, Confus et dépourvu de tout autre remède, Vous réclamiez mes soins ou la mort à votre aide.

LÉLIE

J'en concevrais enfin des regrets superflus

Quand l'affaire est au point de n'en consulter plus.

Mais ce que tu m'apprends m'est de telle importance

Qu'il s'agit de ma mort ou de ton assistance,

De perdre la lumière ou conserver mes vœux

A qui je suis lié d'indissolubles nœuds.

Dis donc : que ferons-nous ? romps ce fâcheux silence.

ERGASTE

Souvent on détruit tout par trop de violence.

LÉLIE

Différant trop aussi, l'on n'exécute rien.

ERGASTE

Éraste, à mon avis, nous y servira bien, Et son affection ne vous sera pas vaine.

LÉLIE

Je me promets bien moins son amour que sa haine, S'il sait la dure loi qu'on me veut imposer.

ERGASTE

Mais il est bien aisé de l'en désabuser, Et d'obtenir de lui ce favorable office, En faisant qu'il se serve en vous rendant service.

LÉLIE

Quoique mon cœur répugne aux éclaircissements, Faisons-nous cet effort; tout est doux aux amants. Ergaste, cherchons-le.

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