SCÈNE V GÉRONTE, ANSELME, HORACE
ANSELME
Le voilà.
GÉRONTE
Grâce au ciel, à mes souhaits prospère, Ayant passé chez moi j'ai rencontré mon frère, Qui, me sollicitant d'accepter son logis, M'oblige à revenir pour reprendre mon fils. J'en usais librement; excusez, je vous prie.
ANSELME
Géronte, un mot, de grâce : apprend-on en Turquie Ou dans le cabaret à jouer ses amis?
GÉRONTE
En l'un ni l'autre lieu je ne l'ai point appris; Ce n'est point mon humeur.
ANSELME
Non : ma fille servante, Un voyage en Turquie, et ma femme vivante ! Tout ce conte à plaisir est une vérité?
GÉRONTE
Je ne fais point de conte, et n'ai rien inventé,
ANSELME
Vous avez, dites-vous, vu Constance en Turquie. Vous osez soutenir qu'Aurélie est Sophie ; Vous parlez de Venise, et vous avez le front, N'ayant qu'été par mer de Noie en Négrepont, De dire...
GÉRONTE
En Négrepont ! ô dieux, la vaine fable !
ANSELME
Votre fils, qui l'a dit, n'est donc pas véritable?
GÉRONTE
Quoi! sans savoir la langue il peut vous l'avoir dit?
ANSELME
Il nous a parlé turc, que mon valet apprit Séjournant sur les lieux pour racheter ma femme.
GÉRONTE, à Horace.
Soler?
HORACE
Man.
ANSELME
Et bien plus, chose à votre âge infâme, Que vous avez tantôt trouvé le vin si bon Que vous n'en avez pas oublié la raison, Mais, en la faisant trop, l'aviez bien égarée : Vos discours m'en étaient une marque assurée.
GÉRONTE, à Horace.
Dieux ! qu'entends-je ?
Jerusalas, adhuc moluc acoceras maristo, viscelei,
Huvi havete carbulach.
HORACE
Eraeercheter biradam suledi, ben belmen, ne sulodii.
GÉRONTE, à Anselme.
Croyez que votre serviteur Doit être un maître fourbe, un insigne aflronteur.
ANSELME
Que vous dit-il encor?
GÉRONTE
Qu'il n'a pu rien comprendre A ce qu'un de vos gens lui voulait faire entendre.
ANSELME
M'aurait-il attrapé? le trait serait subtil! Mais, s'il ne l'entendait, que lui répondait-il?
GÉRONTE, à Horace.
Acciam sembilir bel mes, mie sulmes ?