SCÈNE IV AJJRÉLIE, ANSELME, CONSTANCE, LÉLIE, EBGASTE
AURÉLIE
Quoi ! ma mère, c'est vous ?
CONSTANCE
C'est vous, ma chère fîF 3?
Quoi ! l'œil qui tant de fois pleura votre trépas Vous retrouve aujourd'hui pleine de tant d'appas, Et ce beau corps enferme encor cette belle âme !
LÉLÏE à Ergaste, à part.
Elle feint bien, Ergaste !
ERGASTE à Lélie, à part.
0 dieux, l'habile femme ï
AURÉLIE
Ah ! qu'il est vrai qu'un bien ardemment désiré Nous est d'autant plus cher qu'il est moins espéré ! Quel doux plaisir succède à ma mélancolie ! J'ignore à ce transport si je suis Aurélie.
CONSTANCE
Je n'ai trouvé mes maux ni mes fers importuns Tant qu'avec vous, ma fille, ils m'ont été communs ; Mais votre éloignement me fît sentir mes peines, Et connaître à mes bras le fardeau de mes chaînes.
ERGASTE, à Lélie.
Peut-elle avec tant d'art laisser aucuns soupçons ? Je n'en fais point le fin : j'en prendrais des leçons.
CONSTANCE
Quelle aventure enfin, à mes vœux si prospère,
Quand je vous crois si loin, vous rend chez votre père?
ANSELME
Pour de si longs travaux il faut de longs discours,
Et pour vous tout conter des jours seraient trop courts.
Entrons, ma chère femme ; amenez-la, Lélie.
Pour presser le dîner, j'entre avec Aurélie.
(Anselme et Aurélie sortent.) ERGASTE.
Je croyais savoir feindre et m'en escrimer bien ; Mais j'avoue aujourd'hui que je n'y connais rien, Et qu'il faut que mon art le cède à votre adresse. Madame, les effets ont passé la promesse, Et, voyant vos transports, moi-môme j'ai douté Si votre feinte était ou feinte ou vérité.
LÉLIE
A voir de quel abord vous l'avez accueillie, Le plus judicieux eût cru voir Aurélie !
CONSTANCE
Il en eût eu raison, puisqu'elle est votre soeur,
Et que ces sentiments d'amour et de douceur
Ne partent point, mon fils, d'un cœur qui dissimule.
LÉLIE
0 dieux î que dites-vous ?
ERGASTE
Êtes-vous si crédule,