‹ Théatre choisi; nouvelle édChapitre 191 sur 369 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

En conçoit un mépris qui fait mourir son zèle, Et, comme de profane enfin sanctifié, Semble se déclarer pour un crucifié.

Mais où va ma pensée, et par guel privilège Presque insensiblement passé-je au sacrilège, Et du pouvoir des dieux perds-je le souvenir? Il s'agit d'imiter et non de devenir.

(Le ciel s'ouvre avec des flammes.) UNE VOIX.

Poursuis, Genest, ton personnage ; Tu n'imiteras point en vain ; Ton salut ne dépend que d'un peu de courage. Et Dieu t'y prêtera la main.

GENEST

Qu'entends-je, juste Ciel, et par quelle merveille, Pour me toucher le cœur, me frappes-tu l'oreille? Souffle doux et sacré qui me viens enflammer, Esprit saint et divin qui me viens animer, Et qui, me souhaitant, m'inspires le courage, Travaille à mon salut, achève ton ouvrage, Guide mes pas douteux dans le chemin des cieux, Et pour me les ouvrir dessille-moi les yeux. Mais, ô vaine créance et frivole pensée, Que du ciel cette voix me doive être adressée ! Quelqu'un, s'apercevant du caprice où j'étois, S'est voulu divertir par cette feinte voix, Qui d'un si prompt effet m'excite tant de flamme, Et qui m'a pénétré jusqu'au profond de l'âme. Prenez, dieux, contre Christ, prenez votre parti, Dont ce rebelle cœur s'est presque départi ; Et toi contre les dieux, ô Christ, prends ta défense, Puisqu'à tes lois ce cœur fait encor résistance, Et dans l'onde agitée où flottent mes esprits Terminez votre guerre, et m'en faites le prix, Rendez-moi le repos dont ce trouble me prive.

LE DECORATEUR, venant allumer les chandelles, GENEST. LE DÉCORATEUR,

Hâtez-vous, il est temps ; toute la cour arrive.

GENEST

Allons, tu m'as distrait d'un rôle glorieux

Que je représentais devant la cour des cieux, Et de qui l'action est d'importance extrême, Et n'a pas un objet moindre que le ciel même. Préparons la musique, et laissons-les placer.

LE DÉCORATEUR, à part.

Il repassait son rôle et s'y veut surpasser.

(Ils sortent.)

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