SCÈNE III DON LOPE, VIOLANTE
DON LOPE, à part.
Une fois déclaré, le sort nous rit toujours : Voici l'infante. Amour, j'implore ton secours.
(A Violante.)
Je tremble à votre approche, et mon respect, Madame,
Avec tous ses efforts veut retenir ma flamme ;
Mais ma flamme, plus forte enfin que mon respect,
M'expose à soutenir votre adorable aspect.
A l'ardeur de vos feux mon âme accoutumée
Sait qu'elle ne peut plus en être consumée ;
Son repos se rencontre en son embrasement,
Et ce qui la détruit devient son aliment ;
Quoique par ma naissance, à la vôtre inégale,
Mon espoir s'élevant aussitôt se ravale,
Et que je semble prendre un vol trop arrogant...
VIOLANTE, étonnée.
0 Dieu ! que veut ce fol et cet extravagant ?
DON LOPE
Vos propres mains, Madame, ont avoué l'audace De ce feu qui chez vous rencontre tant de glace, Et m'ont fait espérer quand vos yeux m'ont blessé...
VIOLANTE
Qu'entends-je ? Holà ! quelqu'un, chassez cet insensé.
DON LOPE
A tort de mes tributs votre beauté s'irrite : Je ne suis que la loi que vous m'avez prescrite ; Je brûle par votre ordre, et par lui je vous sers; Il m'allume mes feux, il m'attache mes fers , Et ma soumission plus que mon arrogance...
VIOLANTE
Dieu ! quelle frénésie et quelle extravagance !
Il ne me manquait plus que cette qualité.
Mais de quel vain espoir m'avez-vous donc flatté ?
VIOLANTE, à part.
La fureur le saisit, je crains quelque disgrâce. Aucun ne vient ; fuyons' et cédons-lui la place.
DON LOPE
Quoi ! fol et furieux? 0 ciel ! mais le roi vient.
VIOLANTE
Sire, oyez quels discours cet insensé me tient.