‹ Théatre choisi; nouvelle édChapitre 295 sur 369 · ACTE III, SCENE II. 42J · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II. 42J

Qui donne toute une âme en veut aussi d'entières, Et, quand vos intérêts m'ont fourni des matières, Pour les bien embrasser, ce cœur vraiment ami Ne s'est point contenté de s'ouvrir à demi, Et j'ai, d'une chaleur généreuse et sincère, Fait pour vous tout l'effort que l'amitié peut faire. Cependant vous semblez, encor mal assuré, Mettre en doute un serment si saintement juré ; Je lis sur votre front des passions secrètes, Des sentiments cachés, des atteintes muettes, Et, d'un œil qui vous plaint, et toutefois jaloux, Vois que vous réservez un secret tout à vous.

FÉDERIC.

Quand j'ai cru mes ennuis capables de remède, Je vous en ai fait part, j'ai réclamé votre aide, Et j'en ai vu l'effet si bouillant et si prompt Que le seul souvenir m'en charge et me confond. Mais, quand je crois mon ma] de secours incapable, Sans vous le partager il suffit qu'il m'accable, Et c'est assez et trop qu'il fasse un malheureux, Sans passer jusqu'à vous, et sans en faire deux.

ALEXANDRE

L'ami qui souffre seul fait une injure à l'autre ;

Ma part de votre ennui diminûra la vôtre.

Parlez, duc, et sans peine ouvrez-moi vos secrets :

Hors de votre parti je n'ai plus d'intérêts ;

J'ai su que votre grande et dernière journée

Parla main de l'amour veut être couronnée,

Et que, voulant au roi, qui vous en doit le prix,

Déclarer la beauté qui charme vos esprits,

D'un frère impétueux l'ordinaire insolence

Vous a fermé la bouche et contraint au silence.

Souffrez, sans expliquer l'intérêt qu'il y prend,

Que j'en aille pour vous vider le différend,

Et ne m'en faites point craindre les conséquences :

Il faut qu'enfin quelqu'un réprime ses licences,

Et, le roi ne pouvant nous en faire raison,

Je me trouve et le cœur et le bras assez bon.

Mais, m'offrant à servir les ardeurs qui vous pressent,

Que j'apprenne du moins à qui vos vœux s'adressent.

FÉDERIC.

J'ai vu de vos bontés des effets assez grands Sans vous faire avec lui de nouveaux différends ; Sans irriter sa haine, elle est assez aigrie ;

422 VENCESLAS

II esl prince, Seigneur, respectons sa furie : A ma mauvaise étoile imputons mon ennui, Et eroyons-^en le sort plus coupable que lui. Laissez à mon amour taire un nom qui l'oiiense, Que des respects, encor plus forts que sa défense Et qui plus qu'aucun autre ont droit de me lier, Tout précieux qu'il m'est, m'ordonnent d'oublier : Laissez-moi retirer d'un cbamp d'où ma retraite Peut seule à l'ennemi dérober ma défaite.

Ce silence obstiné m'apprend votre secret, Mais il tombe en un sein généreux et discret. Ne me le celez plus, duc, vous aimez Gassandre : C'est le plus digne objet où vous puissiez prétendre, Et celui dont le "prince, adorant son pouvoir, A le plus d'intérêt d'éloigner votre espoir. Traitant l'amour pour moi, votre propre franchise A donné dans ses rets et s'y trouve surprise ; Et mes desseins pour elle, aux vôtres préférés, Sont ces puissants respects à qui vous déférez. Mais vous craignez à tort qu'un ami vous accuse D'un crime dont Cassandre est la cause et l'excuse : Quelque auguste ascendant qu'aient sur moi ses appas...

FÉDERIC.

Ne vous étonnez point si je ne réponds pas.

Ce discours me surprend, et cette incligne plainte

Me livre une si rude et si sensible atteinte

Qu'égaré je me cherche et demeure en suspens

Si c'est vous qui parlez, ou moi qui vous entends.

Moi, vous trahir, Seigneur ! moi, sur cette Cassandre

Près de qui je vous sers, pour moi-même entreprendre,

Sur un amour si stable et si bien affermi î

Vous me croyez bien lâche, ou bien peu votre ami.

ALEXANDRE

Croiriez-vous, l'adorant, m' altérer votre estime?

FÉDERIC

Me pourriez-vous aimer coupable de ce crime?

Confident ou rival, je ne vous puis haïr.

FÉDERIC.

Sincère et généreux, je ne vous puis trahir.

ALEXANDRE

L'amour surprend les cœurs, et s'en rend bientôt maître.

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