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SCENE V LES MÊMES; CASSANDRE

CASSANDRE, aux pieds du roi, pleurant.

Grand roi, de l'innocence auguste protecteur, Des peines et des prix juste dispensateur, Exemple de justice inviolable et pure, Admirable à la race et présente et future, Prince et père à la fois, vengez-moi, vengez-vous, Avec votre pitié mêlez votre courroux, Et rendez aujourd'hui d'un juge inexorable Une marque aux neveux à jamais mémorable.

VENCESLAS, la faisant lever.

Faites trêve, Madame, avecque les douleurs

Qui vous coupent la voix et font parler vos pleurs.

CASSANDRE

Votre Majesté, Sire, a connu ma famille.

VENCESLAS

Ursin de Gunisberg, de qui vous êtes fille, Est descendu d'aïeux issus du sang royal, Et me fut un voisin généreux et loyal.

CASSANDRE

Vous savez si prétendre un de vos fils pour gendre Eût au rang qu'il tenait été trop entreprendre !

VENCESLAS

L'amour n'offense point dedans l'égalité.

CASSANDRE

Tous deux ont eu dessein dessus ma liberté,

Mais avec différence et d'objet et d'estime;

L'un, qui me crut honnête, eut un but légitime,

Et l'autre, dont l'amour fol et capricieux

Douta de ma sagesse, en eut un vicieux.

J'eus bientôt d'eux aussi des sentiments contraires,

Et, quoiqu'ils soient vos fils , ne les trouvai point frères :

Je ne les pus aimer ni haïr à demi;

Je tins l'un pour amant, l'autre pour ennemi;

438 VENCESLAS

L'infant par sa vertu s'est soumis ma franchise,

Le prince par son vice en a manqué la prise ;

Et, par deux différents, mais louables effets,

J'aime en l'an votre sang, en l'autre je le hais.

Alexandre, qui vit son rival en son frère,

Et qui craignit, d'ailleurs, l'autorité d'un père,

Fit, quoiqu' autant ardent que prudent et discret,

De notre passion un commerce secret,

Et, sous le nom du duc déguisant sa poursuite,

Ménagea votre vue avec tant de conduite

Qu'enfin toute personne a cru jusqu'aujourd'hui

Qu'il parlait pour le duc, quand il parlait pour lui.

Cette adresse a trompé jusqu'à nos domestiques ;

Mais, craignant que le prince, à bout de ses pratiques,

Gomme il croit tout pouvoir avec impunité,

Ne suivît la fureur d'un amour irrité

Et dessus mon honneur osât trop entreprendre,

Nous crûmes que l'hymen pouvait seul m'en défendre,

Et l'heure prise, enfin, pour nous donner les mains,

Et, bornant son espoir, détruire ses desseins,

Hier, déjà le sommeil semant partout ses charmes...

(En cet endroit, Seigneur, laissez couler mes larmes :

Leur cours vient d'une source à ne tarir jamais)

L'infant, de cet hymen espérant le succès

Et de peur de soupçon arrivant sans escorte,

A peine eut mis le pied sur le seuil de la porte

Qu'il sent, pour tout accueil, une barbare main

De trois coups de poignard lui traverser le sein.

VENCESLAS

0 Dieu ! l'infant est mort !

LADISLAS, à part.

0 mon aveugle rage, Tu t'es bien satisfaite, et voilà ton ouvrage !

(Le roi s'assied et met son mouchoir sur son visage.) CASS ANDRE.

Oui, Seigneur, il est mort, et je suivrai ses pas

A l'instant que j'aurai vu venger son trépas.

J'en connais le meurtrier, et j'attends son supplice

De vos ressentiments et de votre justice :

C'est votre propre sang, Seigneur, qu'on a versé,

Votre vivant portrait qui se trouve effacé.

J'ai besoin d'un vengeur, je n'en puis choisir d'autre :

Le mort est votre fils, et ma cause est la vôtre ;

Vengez-moi, vengez-Yous, et vengez un époux

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