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SCÈNE IV VENGESLAS, LADISLAS

LADISLAS

Venez-vous conserver ou venger votre race ? M'annoncez-vous, mon père, ou ma mort ou ma grâce?

VENGESLAS.

Embrassez-moi, mon fils.

Seigneur, quelle bonté, Quel effet de tendresse, et cruelle nouveauté î

446 VENCESLAS

Voulez-vous ou marquer ou remettre mes peines? Et vos bras me sont-ils des faveurs ou des chaînes?

VENCESLAS

Avecque le dernier de leurs embrassements, Recevez de mon cœur les derniers sentiments. Savez-vous de quel sang vous avez pris naissance ?

ladislas.

Je l'ai mal témoigné, mais j'en ai connaissance.

VENCESLAS

Sentez-vous de ce sang les nobles mouvements?

LADISLAS

Si je ne les produis, j'en ai les sentiments.

VENCESLAS

Enfin, d'un grand effort vous trouvez-vous capable?

LADISLAS

Oui, puisque je résiste à l'ennui qui m'accable, Et qu'un effort mortel ne peut aller plus loin.

VENCESLAS

Armez-vous de vertu, vous en avez besoin.

LADISLAS

S'il est temps de partir, mon âme est toute prête.

L'échafaud l'est aussi, portez-y votre tête.

Plus condamné que vous, mon cœur vous y suivra ;

Je mourrai plus que vous du coup qui vous tûra.

Mes larmes vous en sont une preuve assez ample ;

Mais à l'État, enfin, je dois ce grand exemple,

A ma propre vertu ce généreux effort,

Cette grande victime à votre frère mort:

J'ai craint de prononcer, autant que vous d'entendre,

L'arrêt qu'ils demandaient, et que j'ai dû leur rendre.

Pour ne vous perdre pas, j'ai longtemps combattu,

Mais, ou l'art de régner n5est plus une vertu,

Et c'est une chimère aux rois que la justice,

Ou, régnant, à l'état je dois ce sacrifice.

LADISLAS

Eh bien, achevez-le, voilà ce col tout prêt. Le coupable, grand roi, souscrit à votre arrêt; Je ne m'en défends point, et je sais que mes crimes Vous ont causé souvent des courroux légitimes. Je pourrais du dernier m' excuser sur l'erreur D'un bras qui s'est mépris et crut trop ma fureur : Ma haine et mon amour, qu'il voulait satisfaire, Portaient le coup au duc, et non pas à mon frère :

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