ACTE IV, SCÈNE II
Si du pied, de la main, ou du doigt seulement, Même du souffle seul, tu touches cette porte, Devine quel congé cette tuile te porte : Un passeport du jour aux éternelles nuits.
AMPHITRYON
Connais-tu qui te parle, et sais-tu qui je suis?
Ni je ne te connais, ni ne te veux connaître.
AMPHITRYON
Misérable est le serf qui s'attaque à son maître.
MERCURE
Toi, mon maître?
AMPHITRYON
Qui donc?
MERCURE
0 le doux passe-temps !
AMPHITRYON
Je te le vais, pendard, apprendre à tes dépens.
S'il se peut, que l'on m'ouvre ; ou, si tu peux 4eseeiuîre...
MERCUHE.
Autre qu'Amphitryon n'a droit de me l'apprendre ; Je ne reçois des lois d'autres maîtres que lui.
AMPHITRYON
Qu'entends-je? quel parais-je? et qui suis-je aujourd'hui? Sosie, ouvre les yeux; quelle est ta frénésie? Je suis Amphitryon, ou tu n'es pas Sosie.
MERCURE
Ne l'ai-je pas bien dit qu'il était insensé?
Passe, mauvais bouffon ; tu t'es mal adressé;
Passe, laisse mon maître, en l'entretien d'Alcmène,
Posséder le repos qui succède à sa peine.
La guerre faite aux champs, laisse la paix chez nous,
Et ne fais point mon temps l'exercice des fous.
AMPHITRYON
Quels fous, et qui ton maître?
MERCURE
Amphitryon, te clis-je.
A combien de discours cet importun m'oblige !
AMPHITRYON
Eh! de grâce, Sosie, ôte-moi de souci.
Tu dis qu'Amphitryon...
MERCURE
Oui, te dis-je, est ici.
AMPHITRYON
En la chambre d'Àlcmène?
MERCURE
Et dessus son lit même.
AMPHITRYON
Que résoudrai-je, ô dieux! en ce désordre extrême? Que ferai-je? en quel lieu s'adresseront mes pas? Sosie, encore un coup ne me connais-tu pas?
MERCURE
Oui, pour un importun.
Descends, lâche; ouvre, traître, Peste, ivrogne éternel, qui méconnais ton maître. Nous verrons, à la fin d'un passe-temps si doux, Si tu reconnaîtras ce que pèsent mes coups.
mercure.
Attends, au nom des dieux.
AMPHITRYON
Te puissent-ils confondre!
MERCURE
Je te vais envoyer qui te saura répondre.
AMPHITRYON
Qu'il vienne, qu'il paraisse.
MERCURE
Il te fera raison.
AMPHITRYON
Périssent valet, femme, et famille, et maison !
(Mercure sort.)
Dieu, souverain des dieux, je réclame ton aide :
Tu peux seul à ma peine apporter du remède.
Éclaircis mes soupçons, débrouille ce chaos;
Si tu ne veux ma perte, établis mon repos ;
Dessille-nous les yeux, dissipe ce nuage,
Et rends-moi pour le moins mon nom et mon visage,