ACTE I, SCÈNE II
J'ai failli toutefois, et mon sang sans défense S'offre, s'il est besoin, de laver mon offense, Et cle faire rester froide et sans mouvement La langue qui parlait contre mon sentiment. Car cette Laure enfin, que j'ai tant abaissée, Passe tous les efforts de l'humaine pensée ; J'ai fait un monstre affreux d'une divinité : Mais le roi nous oblige à cette lâcheté.
ORANTÉE.
Tu ne pouvais pas mieux qu'avec les mêmes armes, Ni plus tôt réparer le tort fait à ses charmes : Tu m'obliges autant que tu m'as offensé, Et tu relèves mieux que tu n'as abaissé. Allons, ta complaisance à ton dessein me range, Et ma prison sera le fruit de ta louange.
LE COMTE
Quel importun devoir m'est enjoint aujourd'hui!
ORANTÉE.
Va, comte, je me rends; c'est assez, je te sui.
LE COMTE
Attendant votre paix, ces gardes que je laisse
En votre appartement suivront donc Votre Altesse.
ORANTÉE.
Allons,
LE COMTE
Croyez, Seigneur, que la bonté du roi Révoquera bientôt cette sévère loi.
(Ils sortent.)