SCENE VII LAURE, LE ROI, LE COMTE, OCTAVE ; gardes
LÀURE, se cachant.
Où fuirai-je?
LE COMTE
Holà, page, arrêtez, faites voie !
LE ROI
Qu'est-ce ?
LE COMTE
Un page du prince.
LE ROI
Approche, page.
LAURE, à part.
0 dieux !
Rien peut-il que la mort me tirer cle ces lieux? Nuages, couvrez-moi!
LE ROI
Quelle est cette contrainte?
Parle, lève les veux, et bannis cette crainte. Ne sers-tu pas le prince ?
LAURE
Oui, Sire.
LE ROI
Sous quel nom?
LAURE
(A part.)
De Célio. Je tremble : arme-toi, ma raison.
LE ROI
Depuis quand?
LAURE
Ne voici que la seconde lune Depuis que ce bonheur honore ma fortune, Et je vais, s'il plaît, Sire, à Votre Majesté, Le trouver où j'ai su qu'on le tient arrêté.
LE ROI
Réponds auparavant à ce que je désire.
156 LAURE PERSECUTEE.
LAURE, à part.
Hélas! que répondrai-je, et que saurais-je dire? 0 terre ! ouvre ton sein ; soleil, retire-loi ! Nuages, derechef, tombez et couvrez-moi !
LE ROI
Connais-tu cette Laure en beauté sans seconde, Ce miracle où l'on dit que tant de grâce abonde ?
LAURE
Oui, je la connais, Sire, et n'y remarque point De beauté ni de grâce estimable à ce point : J'estime sa vertu bien plus que son visage, Et, si je l'ose dire, en effet elle est sage.
LE ROI
L'as-tu vue aujourd'hui?
LAURE
Non, Sire ; mais je croi Qu'encore ce matin...
LE ROI
Allons, comte, suis-moi :
Je proteste des dieux la grandeur souveraine Qu'avant la nuit sa mort satisfera ma haine.
(Ils sortent.) LAURE, seule.
Que puis-je plus, chétive, espérer de mon sort,
Après la question et l'arrêt de ma mort ?
Ciel, témoin de ma peine et de mon innocence,
A. l'injustice humaine oppose ta puissance :
Les rois, tout dieux qu'ils sont, relèvent d'autres dieux ;
Je récuse la terre, et j'en appelle aux cieux.
(Elle sort.)