SCÈNE XVII
lA, ASTOLPHE ovK Icpeftruit, /STOLPHE,
Voici, madame, le portrait... Maïs, ah Dieu I
EOSAURA.
Pourquoi s'interrompt Votre Altesse ? pourqUM parait-elle stupéfaite ?
ASTOLPHE
De t'entendre, Rosaura, et de te voir,
KOSAURA.
Moi, Rosaura ? Votre Altesse fait e /■reoatit/'oor une autre dame. Je a\i» Ksttfe*, «*-■»
obscurité ne mérite pas l'honneur de pouvoir vous troubler.
ASTOLPHE
Assez, Rosaura, assez de sij)ercheries. Le cœur ne trompe jamais, et quoiqu'il voie en toi Astrée, il t'aime comme Rosaura.
ROSAURA.
Je n'ai pas compris Votre Altfesse et par conséquent je ne saurais lui répondre. Seulement, ce que je dirai, c'est qu'Étoile (qui peut être l'étoile de Vénus) m'a ordonné de vous attendre ici et de vous dire de sa part que vous me remettiez ce portrait, ce qui est très raisonnable, et que je le lui porte moimême. Étoile le veut ainsi. Car même les choses les moins importantes, quand elles me seraient nuisibles, c'est Étoile qui les veut.
ASTOLPHE
Tu as beau faire, qu'il te sied mal de dissimuler, Rosaura 1 Dis à tes yeux de se mettre en harmonie avec ta voix ; car il faut bien qu'un instrument si désaccordé soit dissonnant, quand il veut ajuster la fausseté des paroles avec la vérité des sentiments.
ROSAURA.
Je n'ai à yous dire qu'une chose : j'attends le portrait.
ASTOLPHE
Puis donc que m veux feindre jusqu'au bout, je veux te répondre de la même manière. Tu diras à l'infante, Astrée, que je l'estime assez pour croire, quand elle me demande un portrait, qu'il y a peu de
délicatesse à le lui envoyer, et qu'ainsi, afin qu'elle le juge et qu'elle l'apprécie, je lui adresse l'original. Tu peux le lui porter, car tu Tas avec toi ; porte-toi toimême.
ROSAURA,
Quand un homme vaillant et fier, s'il est défié, se dispose à mener à bout une affaire, lors même qu'on lui offrirait quelque chose de meilleur, il y aurait de la sottise et de la mauvaise grâce à reculer. Je viens, moi, pour un portrait, et quand même j'emporterais l'original, qui vaut mieux, j'aurais mauvaise grâce à y renoncer. Ainsi, que Votre Altesse me donne ce portrait, je ne puis m'en aller sans l'avoir.
ASTOLPHE
Mais comment l'emporteras-tu, si je ne veux pas te le donner ?
ROSAURA.
Je vais te le montrer ; lâche-le, ingrat. {Elle le saisit.)
ASTOLPHE
C'est en vain.
ROSATJRA.
Vive Dieu î il ne doit pas tomber aux mains ( autre femme.
ASTOLPHE
Tu es bien terrible I
Et toi, bien perfide.
ASTOLPHE
C'est assez ; ma Rosaura.
ROSAURA.
Moi, ta Rosaura ? tu mens, rustre. ÇIIs se disputent le portrait,^