ASTOLPHE, ÉTOILE
ÉTOILE
Donnez-moi maintenant le portrait que je vous ai
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72 tA VIE EST UN SONGE. ^
CLOTALDE.
Seigneur, c'est ainsi que vient Votre Majesté ?
BASILE
La sotte curiosité de voir ce qui arrive id à Siîi-
mond, hélas I ma attiré de cette. manière.
CLOTALDE. :»-
Voyez-le réduit à son misérable état.
BASILE
Ah ! malheureux prince I né dans un triste nuh ment! Approché dé Im pour l'éveiller, txudntfcniiit qu'il a perdu* sa forcé et sa vigueur avec' l*o{»iiii qu'il à- bu. -• .
CLOTALLE.
Il est agité, seigneur, et il parle.
BASILE
• A quoi songe-t-il en ce moment ? écoutons.
siGisMOND fparîe en rêvant).
C'est un j)rince' pieux que celui qui châtie Itt tyrans, que Glôtalde meure de mes mains rque mon père baise mes piieds*! *
CLOTALDE.
Il me menace de la mort.
BASILE
Et moi, du déshonneur et de traitements îjdâigiies-
CLOTALDE.
Il pense m'ôter la vie. '
»*^ • «ji
BASILE
Il médite de me fouler aux pieds.
siGisMOND (rêvant).
Que cette valeur sans seconde se produise sur le vaste théâtre du monde, pour que ma vengeance soit égale à l'injure ! Qu'on voie le prince Sigismond triompher de son père I (il se réveille.') Mais, hélas I où suis-je ?
BASILE (à Clotalde).
Il ne doit pas me voir. Tu sais ce que tu as à faire; je vais écouter ici-près (il se cache),
SIGISMOND
Est-ce-moi ? voyons, suis-je prisonnier et enchaîné, arrivé à me voir en cet état ? n'est-ce pas vous, mon tombeau, ô tour? Oui, que Dieu vienne à fhon aide ! que de choses j'ai rêvées ?
CLOTALDE (à part),
A mon tour d'arriver et de faire la désillusion maitenant. (Haut.) Est-il temps de s'éveiller ?
SIGISMOND
Oui, c'est bien le temps de s'éveiller.
CLOTALDE.
Tu restes donc le jour entier à dormir ? DeptdtqpMiigj j'ai suivi lentement dans son vol l'aigle qui son essor, est-ce que tu es resté ici? et ne t^es-tu pas
éveillé ?
SIGISMOND
Non, et même maintenant je ne le suis pas ; c
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74 tA VIE EST UN SONGE,
ce que je vois, Qotalde, je dors encore. Je ne m'abuse pas. Car si c'était un songe, ce que i*ai Vu de réel et de palpable ; ce que Je vois maintenant^ doit être un fantôme. Ce n'est pas l'effet de la lasst** tude ; car je rois étant endormi que \e rére étant éveillé.
CXOTALDE.
Dis-moi ce que tu as rêvé.
SIGISMOND
Supposé que ce fût un songe ; je ne dirai pas» Clotalde, ce que j'ai cêvé, mais ce que j'ai vu, oui : je m'éveillai, et je me vis (cruelle illusion t) dans un ' lit qui, par ses brillantes couleurs et ses nuances variées, pouvait être un tapis de fleurs tissu par le printemps. Là, mille gentilshommes respectueux, à m^s pieds, me donnaient le nom de leur prince, et me présentaient des vêtements magnifiques, des joyaux, des ornements, 'foi-même tu as changé en allégresse le calme de mes sens, en m'apprenant ma fortune; car, quoique je sois à présent ainsi vêtu, j'étais prince de Pologne.
CLOTALDE.
Avais-je de bonnes étrennes ?
SIGISMOND
Pas très bonnes. Comme à un traître, deux foi3, d'un cœur hardi et intrépide, je voulais te donner la mort.
CLOTALDE.
Tant de rigueur envers moi I
nE'JXIÉ>[E JOURKÉE. 75
SIGISMOND
J'étais le maître de tous, et de tous je tirais vengeance, seulement, j'aimais une femme ; elle fut, je crois, une réalité ; car tout est disparu, cela seul est resté. (Le roi se retire)
CLOTALDE fà part).
Le roi. tout attendri de l'avoir entendu, est parti. (Jiaul.) Comme nous avions parlé de cet aigle, une fois endormi, tu as rivé de l'empire. Mais dans les rËves il serait bon d'honorer celui qui t'a élevé avec tant de difficultés, Sigismotid ; même en songe, oa ne perd rien à faire le bien. (U sort.')