‹ Théatre choisiChapitre 125 sur 155 · SCÈNE PREMIÈRE cljukoh · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE cljukoh

Une prison.

CLAIRON

Je suis prisonnier dans une tour enchantée i cause de ce que je sais, que me fen-t-oti pour ce que j'ignore, si pour ce que je sais on me tue î Qjioi, un homme si affamé viendrait à mourir plein de vie ? J'ai compassion de moi. Tous diront : je le crois bien, et l'on peut bien le croire, car pour moi ce silence ne s'accorde pas avec ce nom de clairon, et )e ne puis me taire. Ma compagnie ici, si je ne me trompe, ce sont les araignées et les rats. Voyez quels jolis camarades ! Des rêves de celte nuit, j'ai encore la tète pleine de fifres, de trompettes, de parades, de processions, de croix, de gens qui se donnent la dîsdpline ; les uns montent, les aunes descendent; les uns s'èvui ouïssent en v.iyant le sang qui couvre les autres. Mais uioi^ I^k vrai, c'est de ne pas manger que je m'iv*)B»Cnr je me vois dans cette prison, oûtOufMlV- ■ ■.- je

lis dans le philosophe Nicomède, fit-t^n ts

daosle concile de Nicée. Sifoç^' qui se tait, dans le n saint Secret, car je jcùRb

CAIDERON. T

manque jimais. Cependant, j'ai bien mérité le chJI ment que j'iîpriiuve, c3i jt me suis tu étant vil c'est le plus giand des crimes.

1er SOLDAT (Ctt dehOTS).

Voici la tout où il est, jetez la porte par tene

CLAIRON

Vive Dieu ! c'est moi qu'ils clierchent, c'est i tain, puisqu'ils disent que je suis ici, que me veule ils?

i» SOLDAT (m dehors).

Entrez donc (toui se précipitent').

Il est ici.

CLAIROH.

Non, il n'y est pas.

TOUS

Seigneur !

CLAIRON (à pari).

Sont-ils ivres, ces gens ?

Vous Êtes notre prince ; nous n'admettons, ne ne voulons que notre souverain légitime, et non

prince étranger. Donnez-nous à tous vos pieds à baiser.

TOUS

Vive notre grand prince I

CLAIRON (à part).

Vive Dieu ! c'est tout de bon. Est-ce donc la coutume en ce royaume d» prendre chaque jour un homme, d'en faire un prince et ensuite de l'enfermer dans une tour ? Oui ; car chaque jour je le vois ; il faut bien que je joue mon rôle.

TOUS

Donnez-nous vos pieds.

CLAIRON

Impossible; car j'en ai besoin pour moi; et ce serait joli d'être un prince sans pieds.

Nous l'avons dit tous à votre père : nous ne reconnaissons que vous seul pour prince, et non celui de Moscovie.

CLAIRON

Vous avez manqué de respect à mon père ? Vous êtes des gens de peu chose.

C'a été loyauté de notre part.

CLAIRON

Si c'a été loyauté, je vous pardonne.

Venez rétablir votre autorité. Vive Sigismond !

TOUS

Vive Sigismond ?

CLAIRON (à part).

Sigismond, disent-ils? bon, ils appellent mond tous les princes fabriqués.

SCÈte III.

Les prêeidents, sigismond.

SIGISMOND

Q}ii nomme ici Sigismond ?

CLAIRON (à part).

Me voilà un prince bien maigre.

Q.ui est Sigismond ?

SIGISMOND

Moi.

Comment donc, audacieux et sot imposteur faisais passer pour Sigismond ?

CLAIRON

Moi, Sigismond ? je le nie ; c'est vous qui n sigismondé. Dès-lors c'est vous seuls qui av( audacieux et sots.

I*"^ SODDAT.

Grand prince Sigismond, les étendards que portons sont les vôtres, et toutefois nous vc

TROISIÈME JOURNÉE. 8l

VOUS ofirir notre hommage et vous proclamer notre souverain. Votre père, le grand roi Basile, craignant que le ciel n'accomplisse un horoscope qui annonce qu'il doit se voir à vos pieds, vaincu par vous, prétend vous ravir votre autorité et votre droit et les transmettre à Astolphe duc de Moscovie. Pour le faire, il a rassemblé ses grands ; mais le peuple, comprenant tout et sachant qu'il a un roi légitime, ne veut pas qu'un étranger vienne à lui commander. Ainsi, dans un noble dédain de la rigueur de la destinée, il vous a cherché dans la prison où vous êtes enfermé. Avec l'aide de ses armes, sortez de cette tour, reprenez votre couronne et votre sceptre et enlevez-les à un usurpateur ; sortez donc ; une nombreuse armée de révoltés et d'hommes du peuple vous acclame ; la liberté vous attend ; entendez leurs cris.

TOUS

Vive Sigismond I vive Sigismond I

SIGISMOND

Une seconde fois, ô ciel I vous voulez que je rêve de grandeurs, que le temps va faire évanouir ? Une seconde fois, vous voulez que je voie, au milieu de bosquets ombragés, une pompe, une magnificence qui disparaîtra au premier souffle ? Une seconde fois, vous voulez que j'éprouve la désillusion, ou la chute à laquelle toute puissance humaine naît soumise, et^ dont la crainte la fait tenir sur ses gardes ? Non, ne sera pas, cela ne peut pas être. Regar< désormais comme soumis à ma fortune; cac que toute cette vie est un songe. Eloigna

fantômes, qui paraissez à mes sens endormis avoir un corps et une voix, et qui en T réalité n'avez ni corps, ni voix. Non, je ne veux pas de majestés feintes, de pompes fan tactiques, illusions, que le plus léger souffle de l'air va dissiper, comme les fleurs de l'amandier, toutes précoces qu'elles sont, sans prévenir, tombent au premier souffle, laissant flétries et obscurcies la beauté et la grâce de leurs corolles rosées. Je vous connais maintenant, je vous connais, et je sais qu'il en arrive autant à quiconque s'endort. Pour moi, plus de déguisements. Je suis désillusionné, et je sais que la vie n'est qu'un songe.

Si vous croyez que nous vous trompons, tournez les yeux vers cette haute montagne, ypus la verrez couverte de peuple qui vous y attend pour se soumettre à vous.

SIGISMOND

Déjà une autre fois j'ai vu la même chose, aussi clairement, aussi distinctement que je le vois maintenant, et c'était un songe.

Les grands événements, seigneur, ont toujours été annoncés ; c'est ce qui explique que vous l'avez rêvé d'avance.

SIGISMOND

Vous dites bien, ce fut une annonce ; et supposé

qu'elle soit véridique, puisque la vie est si courte,

rêvons, mon àm^, levons encore une fois. Mais

faisons-le avec aU^tvùoii ^\ ^tv^àsc^^^, -^^-v». ^^ç. uqus

TROISIÉUE JOURNÉE. 8]

éveiller qu'ai heur. Préver

pénible ; car on se moque des revers, quand on y est préparé par la prudence. Dans cette pensée donc que le pouvoir, même k plus assuré, est toujours un pouvoir emprunté et qu'il doit faire retour i son maitre, risquons tout. — Sujets, je vous remercie de votre fidélité ! vous tronvercî en moi un homme, dont l'iotrépi<Kté et l'adresse vous délivreront de la servitude étrangère. Sonnez aux armes. Vous serez bientôt témoins de ma valeur. J'ai résolu de prendre les armes contre mon père et d'accomplir l'oracle du ciel. Car jeveux le voir à mes pieds, {à parl.yMûs si auparavant je m'éveillais, ne vaudrait-il pas mieus ne rien dire, supposé que je ne pourrais rien faire.

TOUS

Vive Sigismond I

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