‹ Théatre choisiChapitre 2 sur 155 · L. SANDRET · texte numérisé non relu

L. SANDRET

PARIS AIRIE DE LA SOCIÉTÉ BIBLK , IQS, Boulevard Saiot-Gei

DE

CALDERON

sciences qui formaient alors le cours d*études de la jeunesse. Toutes graves qu'elles fussent, et quoiqu'il se livrât avec succ<^s au travail, il trouva le temps de composer alors plusieurs comédies qui furent représentées et qui commencèrent sa réputation. Il n'avait que 19 ans quand il quitta l'Université.

A 24 ans, il entra au service, comme ses illustres devanciers Cervantes et Lope de Véga. Il y resta douze ans, tant dans le Milanais que dans les Flandres. Il continua toujours, durant ce temps, à écrire pour le théâtre, et Lope de Véga, qui devait lui laisser le sceptre de l'art dramatique, le mettait, en 1630, au premier rang parmi les poètes comiques dans son Laurier d'Apoîîofi.

A son retour à Madrid en 1636, il obtint du roi lettré Philippe IV l'intendance des fêtes de la cour, laMécoration militaire de Saint-Jacques et ensuite une pension de 400 écus, somme assez considérable pour l'époque. Arrivé à Tàge de 50 ans, il embrassa l'état ecclésiastique, et, seins renoncer à composer pour le théâtre, il varia sensiblement dès lors la couleur de ses pièces. Ce fut à cette époque qu'il produisit plusieurs drames religieux et surtout ses Actes sacrameniaiix (autos sacramentales), sorte de

drames religieux, destinés à être représentés f dans les grandes solennités chrétiennes. Dans ces pièces, malgré l'introduction de personnages . allégoriques et fantastiques, l'action se développe avec autant de vivacité et d'intérêt que t dans ses comédies.

i' Outre ses pièces de théâtre et ses autoSy

î Calderon composa plusieurs poèmes, des loas

: ou éloges, des intermèdes, des poésies légères

t en nombre considérable. Mais de ses œuvres,

'- dont le total se monte à un chiffre effrayant, il

ne nous est resté que io8 comédies ou drames,

et 72 autos précédés de leurs loaSy qui leur

servent en quelque sorte de prologues.

Calderon mourut le jour de la Pentecôte, 25 mai 1681, à l'âge de plus de 80 ans, premier chapelain de la congrégation des prêtres nés à Madrid, avec la réputation d'un grand dramatiste et d'un prêtre vertueux. Son tombeau s'y voit encore dans l'église de Saint-Sauveur, et l'Espagne a célébré avec pompe, en 1881, le centenaire de son grand poète.

L'admiration dont elle l'entoure est partagée par les autres nations, frappées également de l'éclat de cette brillante étoile du siècle d'or de la littérature espagnole.

Ce n'est pas seulement Tabondancc des

drames et la variété des sujets qui étonnent dans Calderon. Lope de Véga avait composé plus de 1500 pièces de théâtre ; leur nombre, et leurs brillantes qualités n'ont point empêché celles de Calderon d'attirer l'attention et de ravir l'admiration, jusqu'au poicft de le placer au niveau, sinon au-dessus de son devancier.

Il est digne de ce haut rang, surtout par la merveilleuse fécondité de son imagination, qui lui fait créer des plans aussi variés qu'ingénieux, des- incidents presque romanesques, quoique toujours vraisemblables, des situations frappantes presque toujours inattendues, des caractères vivants et d'une individualité bien accusée; ajoutons un style d'une pureté et d'une élégance admirables. La réunion de ces qualités, et bien d'autres que nous ne signalerons pas dans cette courte notice, l'ont mis, pour beaucoup, au premier rang parmi les dramatistes espagnols.

Auprès de ces qualités, parlerons-nous de* ses défauts ? Il se laisse trop aller à la déclamation. Peu de ses pièces, où l'action ne soit pas^ ralentie et l'intérêt refroidi par des tirades horsde propos ; défaut qui le fit appeler bavard par le roi Philippe IV. Dans les sujets historiques^ ou mythologiques, il a peu de respect pour la couleur locale et la vérité ; il habille tous ses

• personnages de costumes espagnols, leur donne les mœurs et les sentiments do TEspagnc.

Mais s'il y a quelques taches dans les œuvres de ce brillant génie, elles n'en ont pas moins été une source d'inspiration pour les auteurs qui l'ont suivi, et un sujet d'admiration pour les critiques les plus distingués de toutes les nations.

Les deux pièces qui suivent ont été choisies pour donner une idée de la manière de Calderon dans deux sujets très différents. Nous avons essayé dans la traduction de reproduire fidèlement l'original. Peut-être cette scrupuleuse fidélité nuit-elle un peu à l'élégance. Mais du moins elle fera mieux connaître notre poète qu'une imitation arrangée au goût de l'écrivain (i). Ce n'est point un portrait plus ou moins flatté de Calderon, mais Calderon lui-même qu'il faut présenter au lecteur firançais.

(l) La traduction de pièces choisies de Calderon en 3 vol., par M. Damas-Hinard, publiée il y a une quarantaine d^années, est loin d'être fidèle. C'est plutôt une imitation qu'une traduction.

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^^'y^<i.--^€^<m>-%^Mr§:^^^

Ce drame est celui sur lequel un célèbre Itttérateur allemand, Schîegel, se fonde pour appeler Calderoà un grand maître dans la poésie dramatique chré-' tienne. C'est en effet une des œuvres les plus remar^ quables de cet auteur,

A une haute conception dramatique, se joint dans cette pièce une penséeprofondèment religieuse et, disonsle, nationale, dans cette Espagne oii la croyance ata dogmes chrétiens faisait partie de la vie sociale. Cal^ deron écrivait pour des catholiques fervents, chei leh, quels les institutions politiques étaient le reflet d*um foi ardente. Ses auditeurs étaient tout disposés à occeptÊf-, les miracles qui occupent une si large place dans sst; drame, puisqu'ils en forment le nœud et servent ad] dénouement.

Des Français du XZX® siècky pius ou ffioifis «fciVpUs de VoUaiit^ rirwU peut-êim de ces fnoyens ^/iiwgw. Mais nporioiïs-uous au Xïll<^ sitâe^ plaçoiis la scène en Espagne^ et sotn^enons-nous que les specJa^ leurs sont des croyants ; nous jugerons alors le dwtm au point de vue du poète et du pubbCy et nous rrciwnaîtnms que la Dévotion à la Croix est une œtnut de génie.

Les détails y sont tixUtès d^une tnanihrc digne du sujet; nous ne parierons pas de la beauté du style qui disparaît dans une traduction. Eusèbe^ le personna^ô prindpaly est dessiné avec vigueur et vérité; fidie^ son amante, est bien unefenune espagnole^ d'abord énergique esclave de rbomteury puis, quand ramourPempoiiey furie aveu^ et indotnptable; son père Curdo^ xigou^ rmx vieillard^ aussi noble datts sa fierté que dans sa tendresse paternelle; des autres personnages y accèssoires des principaux^ les uns aident au développement du drame, les autres y mélettt la note gaie, qxie ks auteurs de cette époque, comme Shakespeare, savaient introduire dans les sujets les plus sérieux.

Notre intention n'est pas d'aitalyser cette pièce ; conientons-nous de dire que tout Pintérêt se porte sur un jeune homme, placé dès sa naissance sous la protection de la Croix, dont il porte la divine empreinte sur la poiPrine, et qu'il n'oublie pas de révérer même an milieu des excès les plus critninels; jusqu'à ccqinl trouve dans ce signe sacré P absolution de ses crimes, et le salut à Theure de sa tnort. Sublime leçon d'cspc-

rance, donnée aux pécheurs qui ont conservé quelque sentiment de foi y et qui finissent par recueillir le fruft de cette précieuse semence^ si cachée qu*elk soit dans leur cœur!

PERSONNAGES

EUSÈBE

GURCIO, vieUlard.

LISARD, fils de Curcio.

OCTAVE, son autre fils.

ALBERT, prêtre âgé.

CÉLIO, I

RICHARD, [brigands.

CHILINDRIN, I GIL, paysan bouffon.

BRAS, ) TIRSO, [paysans. TORIBIO, 1 JULIE, fille de Curcio.

ARMINDE, sa suivante.

MENGA, paysanne bouâbnne.

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