‹ Théatre choisiChapitre 23 sur 155 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

Les préddeiits^ JULIE, eusèbEûew haut de V échelle,

EUSÈBE

Laisse-moi, femme.

Comment, quand cédant à tes désirs, émue par tes soupirs, vaincue par tes prières, touchée de tes larmes, j' offense Dieu doublement, conmie mon Dieu et comme mon époux, tu laisses mes bras, ne montrant plus que du dédain sans laisser d'espérances, et du mépris sans même m' avoir possédée ! Où vas-tu ?

EUSÈBE

Femme, que veux-tu ? Laisse-moi, je m'enfuis de tes bras, parce que j'y ai vu je ne sais quel prodige divin. Tes yeux lancent des flammes, tes soupirs sont de feu, chaque raison que tu donnes est un volcan, chacun de tes cheveux un rayon éclatant, chacune de tes paroles est la mort pour moi, chaque faveur un enfer. Tant j'ai été efirayé à la vue de la Croix que tu portes sur ta poitrine ! C'est un signe miraculeux, et que le ciel ne permette pas que, mal-

DEUXièME JOURKÉE. 65

gré mes crimes énormes, je perde le respect pour la Croix I Car, si je la rends témoin des fautes que je commets, de quel front puis-je l'appeler à mon aide ? Reste dans ton couvent, Julie ; je ne te méprise* pas, au contraire, je t'adore maintenant davantage.

JULIE

Écoute, Eusèbe, arrête-toi,

EUSÈBE

Voici l'échelle.

JULIE

Arrête ou enlève-moi.

Je ne puis (îî descend). Car, sans jouir du bonheur que je me promettais, je te laisse. Q.ue le ciel me protège, je tombe. (// tombe,')

RICHARD

Qp'y a-t-il ?

EUSÈBE

Ne vois-tu pas l'air peuplé de rayons ardents ? Ne vois-tu pas le ciel sanglant tomber tout entier sur moi ? Où puis-je être en sûreté, si le ciel se montre irrité ? Croix divine, je vous promets, je vous fais le vœu solennel, accompagné de toutes les garanties que je puis y joindre, de réciter, partout où je vou» apercevrai, un Ave Maria, les genoux à terre. (^Ilsf0 vont tous les trois, laissant Vécheîîe contre le mur*)

Page 1