‹ Théatre choisiChapitre 40 sur 155 · SCÈNE- XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE- XIV

CURSIO, EUSÈBE.

• CURCIO.

Il est par ici.

EUSÈBE

Si vous venez, qui que vous soyez, pour me tuer, vous n'aurez pas grand'peine à. m'enlever la vie, qui déjà m'abandonne.

<:uRao.

Quel cœur de bronze ne serait touché de voir font de sang répandu I Eusèbe, rends ton èpêc.

EUSÈBE

A qui?

CURCIO,

A Curcio,

EUSÈBE. A

La voici (tl la lui donné). Et maintenant â vos ^i

pieds, îe vous demande pardon de cette injure passée. Je ne puis parler davantage. Une blessure m'enlève le souffle et fa vie, et remplit mon âme d'horreur et de crainte. • ,

amcio.

Je suis hors de moi. Y aurait-il pour cette blessure quelque remède humain ?

EUSÈBE

Je crois que le meilleur médecin pour l'âme est le divin médecin.

CURCIÔ.

Où est cette blessure ?

HUSÈBE.

A la poitrine.

CURCIO.

Laisse-moi y mettre la main, pour voir si la respiration a encore de la force. . , -ah ! malheur à moi ! Qjiel signe divin est ceci ? En le reconnaissant, j'ai l'âme toute troublée.

EUSÈBE

Ce sont les armes qu'imprima sur moi cette Croix, au pied de laquelle je suis né. Je n'en sais pas davantage sur ma naissance ; mon père, que je ne puis indiquer, me refusa même un berceau. Sans doute il prévit que je devais être si méchant. Je suis né ici.

CURCIO.

Ici aussi, j'éprouve à la fois de la douleur et de la joie, le l)onheur avec le chagrin, effet d'un destin cruel et favorable en même temps. Ah ! mon fils, en te voyant, je ressens de l'afliiction et du plaisir. Tu

es mon fîls, Eusèbe, si j'en juge par tant de marques. Il faut que je pleure ta mort,voilà ce qui m'aiHige avec raison. Je recueille de tes paroles ce que i*avais deviné dans le cœur. Ta mère te déposa ici même où je t'ai trouvé ; le ciel me punit là où j'ai commis le crime. Ce lieu est témoin de n^on égarement. Mais quel plus sûr indice que cette Croix qui ressemble à celle de Julie ? Ce n'est pas sans raison que le ciel vous marqua pour être tous deux uu prodige offert à la terre. •

Je ne puis parler, mon père ; adieu I Déjà mon corps se couvre des ombres de la mort, et la mort, s'approchant rapidement, me refuse la voix pour vous répondre, la vie pour vous connaître, l'âme pour vous obéir. Voici venir le coup le plus rude, voici venir le dernier moment ; Albert I

• CURCIO.

Il faut que je pleure mort celui que j'ai détesté vivant !

EUSÈBE

Viens, Albert !

CURCIO.

O moment terrible I Poursuite injuste !

EUSÈBE

Albert, Albert !

(77 ni^utt,) CURQO.

Déjà, d'une secousse plus violente, il a rendu le dernier souffle ; que mes cheveux blancs soient sacrifiés à ma douleur ! (// /arrache les cheveux.)

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