V. Or., 38. | 2. V. Gr
LE Cil)
Tout autre qu'un monarque est indigne de moi. 100
Quand je vis que mon cœur ne se pouvait, défendre,
Moi-même je donnai ce que je n'osais prendre.
Je mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens,
Et j'allumai leurs feux pour éteindre les miens.
Ne t'étonne donc plus si mon àme gênée' 10:;
Avec impatience attend leur hyménée :
Tu vois que mon repos en dépend aujourd'hui.
Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui :
C'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture;
Et malgré la rigueur de ma triste aventure, 1 10
Si Chimène a jamais Rodrigue pour mari.
Mon espérance est morte, et mon esprit guéri.
Je souffre cependant un tourment incroyable. Jusques à cet hymen Rodrigue m'est aimable : Je travaille à le perdre, et le. perds à regret; Et de là prend son cours mon déplaisir secret. Je vois avec chagrin que l'amour me contraigne A pousser des soupirs pour ce que je dédaigne; Je sens en deux partis mon esprit divisé. Si mon courage* est haut, mon cœur est embrasé. Cet hymen m'est fatal, je le crains, et souhaite1 : Je^ n'ose en espérer qu'une joie imparfaite Ma gloire et mon amour ont pour moi tant d'appas. Que je meurs s'il s'achève ou ne s'achève pas
LÉONOR
Madame, après cela je n'ai rien à vous dire. Sinon que de vos maux avec vous je soupire : Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent : Mais puisque dans un mal si doux et si cuisant Votre vertu combat et son charme et sa force , En repousse l'assaut, en rejette l'amorce. Elle rendra le calme à vos esprits flottants. Espérez donc tout d'elle . et du secours du temps : Espérez tout du ciel; il a trop de justice Pour laisser la vertu dans un si long supplice.
l'infante Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir-. 13S