‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 227 sur 488 · POLYEUCTE, NÉARQUE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE, NÉARQUE

NÉARQUE

Quoi! vous vous arrêtez aux songes d'une femme! De si faibles sujets troublent cette grande âme! Et ce cœur, tant de fois dans la guerre éprouvé1, S'alarme d'un péril qu'une femme a rêvé *!

POLYEUCTE

Je sais ce qu'est un songe, et le peu de croyance s

Qu'un homme doit donner à son extravagance,

1. Pauline parlera plus loin des | sou principal personuage dont la Vie grandes actions, de la haute naissance chs Saint* dit simplement qu'il apparde Polyeucte. Corneille a relevé ainsi I tenait à l'armée.

POI.YEUCTE

Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit

Forme de vains objets que le réveil détruit;

Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme;

Vous ignorez quels droits elle a sur toute l'âme ' 10

Quand , après un long temps qu'elle a su nous charmer *.

Les flambeaux de l'hymen viennent de s'allumer.

Pauline, sans raison dans la douleur plongée,

Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée \

Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais, iii

Et tâche à - m'empècher de sortir du palais.

Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes;

Elle me fait pitié* sans me donner d'alarmes;

Et mon cœur, attendri sans être intimidé,

N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé . 2 0

L'occasion, Néarque, est-elle si pressante

Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?

Par un peu de remise épargnons son ennui *

Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui.

NÉARQUE

Avez-vous cependant une pleine assurance 25

D'avoir assez de vie ou de persévérance?

Et Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa main,

Promet-il à vos vœux de le vouloir demain?

Il est toujours tout juste et tout bon; mais sa grâce

Ne descend pas toujours avec même efficace; 30

Après certains moments que perdent nos longueurs,

Elle quitte * ces traits qui pénètrent les cœurs ;

Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré :

Le bras qui la versait en devient plus avare,

Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien

Tombe plus rarement, ou n'opère plus rien.

Celle qui vous pressait de courir au baptême,

Languissante déjà, cesse d'être la même,

Et, pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr,

Sa flamme se dissipe, et va s'évanouir :\

1. Toute n'est pas une vaine épithète, quoi qu'en pense Voltaire. Corneille avait écrit d'abord avec moins de profondeur :

Ni le juste pouvoir qu'elle prend sur une [Ame.

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