‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 254 sur 488 · NÉARQUE POLYEUCTE · texte numérisé non relu

NÉARQUE POLYEUCTE

Et je le tiens funeste*.

NEARQUE

Je tiens leur culte impie.

Fuyez donc leurs autels.

POLYEUCTE

Je les veux renverser8, Et mourir dans leur temple, ou les y terrasser. Allons, mon cher Néarque, allons aux yeux des hommes C45 Braver l'idolâtrie, et montrer qui nous sommes : C'est l'attente du ciel, il nous la faut remplir; Je viens de le promettre, et je vais l'accomplir. Je rends grâces au Dieu que tu m'as fait connaître De cette occasion qu'il a sitôt fait naître, gso

Où déjà sa bonté, prête à me couronner, Daigne éprouver la foi qu'il vient de me donner3.

NÉARQUE

Ce zèle est trop ardent, souffrez qu'il se modère.

POLYEUCTE

On n'en peut avoir trop pour le Dieu qu'on révère.

NÉARQUE

Vous trouverez la mort.

POLYEUCTE

Je la cherche pour lui.

NÉARQUE

Et si ce cœur s'ébranle?

1. L'Église interdisait sévèrement d'assister aux cérémonies païennes

tâont l'attrait était toujours si puissant [sur les imaginations.

2. Selon saint Cyprien, coutempo- [raiu île saint Polyeucte, « le chrétien hui outrageait, frappait les dieux, ne I pouvait être qu'un indiscipliné, un igno- Icant », et les Pères du concile d'Elvire 1 305) rayèrent délibérément du nom- [ore des martyrs quiconque avait brise

les idoles. Cependant cette règle' admettait des exceptions et l'Eglise canonisa saint Nicéphore, pour avoir été, comme ici Polyeucte, poussé à nu tel acte par un mouvement particulier de la grâce,

3. C'est le commentaire du mot de saint Augustin : « Seigneur, donne-moi ce que tu m'ordonnes et ordonne-moi ce que tu veux. »

234 POLYLUCTE

POLYEUCTE

Il sera mon appui.

NÉARnUE

[1 ne commande pas que l'on s'y précipite.

POLYEUCTE

Plus elle est volontaire, et plus elle mérite.

NÉARQUE

Il suffit, sans chercher, d'attendre et de souffrir.

On souffre avec regret quand on n'ose s'offrir.

NÉARQUE

Mais dans ce temple enfin la mort est assurée.

POLYEUCTE

Mais dans le ciel déjà la palme est préparée.

NÉARQUE

Par une sainte vie il faut la mériter.

POLYEUCTE

Mes crimes, en vivant1, me la pourraient ôter. Pourquoi mettre au hasard ce que la mort assure? Quand elle ouvre le ciel, peut-elle sembler dure? Je suis chrétien, Néarque, et le suis tout à fait; La foi que j'ai reçue aspire* à son effet*. Qui fuit croit lâchement, et n'a qu'une foi morte.

NEARQCE

Ménagez votre vie, à Dieu même elle importe ; Vivez pour protéger les chrétiens en ces lieux.

POLYEUCTE

L'exemple de ma mort les fortifiera mieux.

NÉARQUE

Vous voulez donc mourir?

POLYEUCTE

Vous aimez donc à vivre?

NÉARQUE

Je ne puis déguiser que j'ai peine à vous suivre. Sous l'horreur des tourments je crains de succomber.

Qui marche assurément* n'a point peur de tomber2 :

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