‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 265 sur 488 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FÉLIX, PAULINE, STRATOMCE

FÉLIX

Une telle insolence avoir osé paraître ! ses

En public! à ma vue 2! Il en mourra, le traître.

PAULINE

Souffrez que votre fille embrasse vos genoux.

FÉLIX

Je parle de Néarque, et non de votre époux.

Quelque indigne qu'il soit de ce doux nom de gendre,

Mon àme lui conserve un sentiment plus tendre; 8 7 o

La grandeur de son crime et de mon déplaisir*

N'a pas éteint l'amour qui me l'a fait choisir s.

Je n'attendais pas moins de la bonté d'un père.

FÉLIX

Je pouvais l'immoler à ma juste colère :

Car vous n'ignorez pas à quel comble d'horreur 8t>

De son audace impie a monté la fureur*;

chauves-souri?. au lieu de se prosterner devant elles. »

1. C'est ici proprement le nœud, cette partie centrale de l'action, où la situation se complique, où les ressorts •le l'intérêt se tendent, où tout est ménagé pour exciter au plus haut i>oint la curiosité.

2. Pour Félix, le crime de Polyeucte n'est pas d'avoir outragé les dieux, c'est de l'avoir fait en public, et, comme ou dit. causé un scandale.

3. Il plaît à Félix d'oublier en ce moment qu'il a choisi Polyeucte par pur intérêt, parce qu'il était le chef de la noblesse. Ver? 809.

242 POLYEUCTE

Vous l'avez pu savoir du moins de Stratoniee.

PAILINE

Je sais que de Néarque il doit voir le supplice.

Ou conseil qu'il doit prendre il sera mieux instruit,

Quand il verra punir celui qui l'a séduit* xso.

Au spectacle sanglant d'un ami qu'il faut suivre, La erainte de mourir et le désir de vivre Ressaisissent une àme avec tant de pouvoir , Que qui voit le trépas cesse de le vouloir. L'exemple touche plus que ne fait la menace : »80

Cette indiscrète ardeur tourne bientôt en glace, Et nous verrons bientôt son cœur inquiété Me demander pardon de tant d'impiété.

PAULINE

Vous pouvez espérer qu'il change de courage?"

FEUX

Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage. 890

PAULINE

Il le doit, mais, hélas! où me renvoyez-vous? Et quels tristes hasards ne court point mon époux, Si de son inconstance il faut qu'enfin j'espère Le bien que j'espérais de la bonté d'un père?

FÉLIX

Je vous en fais trop voir, Pauline, à consentir 89S

Qu'il évite la mort par un prompt repentir.

Je devais même peine à des crimes semblables;

Et, mettant différence entre ces deux coupables,

J'ai trahi* la justice à l'amour paternel;

Je me suis fait pour lui moi-même criminel;

Et j'attendais de vous, au milieu de vos craintes,

Plus de remerciments que je n'entends de plaintes.

PAULINE

De quoi remercier qui ne me donne rien?

Je sais quelle est l'humeur et l'esprit d'un chrétien.

Dans l'obstination jusqu'au bout il demeure : oos

Vouloir son repentir, c'est ordonner qu'il meure.

FEUX

Sa grâce est en sa main, c'est à lui d'y rêver.

PAULINE

Faites-la tout entière.

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