‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 268 sur 488 · SCÈNE IV FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICE

FÉLIX

Albin, en est-ce fait? oss

ALBIN

Oui. Seigneur, et Néarque a payé son forfait.

FÉLIX

Et notre Polyeucte a vu trancher sa vie?

ALBIN

Il l'a vu, mais, hélas 1 avec un œil d'envie.

Il brûle de le suivre, au lieu de reculer;

Et son cœur s'affermit, au lieu de s'ébranler. oco

Je vous le disais bien. Encore un coup*, mon père. Si jamais mon respect a pu vous satisfaire, Si vous l'avez prisé, si vous l'avez chéri...

FÉLIX

Vous aimez trop, Pauline, un indigne mari

PAULINE

Je l'ai de votre main : mon amour est sans crime; 969

H est de votre choix la glorieuse estime ' ;

Et j'ai, pour l'accepter, éteint le plus beau feu

Qui d'une àme bien née ait mérité l'aveu.

Au nom de cette aveugle et prompte obéissance Que j'ai toujours rendue aux lois de la naissance, 978

Auréle renonçait à comprendre chez les premiers chrétiens, et ce dont Tertullien faisait leur plus beau titre d'honneur. Cf. les beaux vers d'Adrien, dans le Saint Genest de Eotrou :

J'ai vu. Ciel, tu le sais

Dessus le* çrils ardents et dedans les tau-

"reaux.

ChanUr les condamnés et trembler II s

[bourreaux.

J'ai tu tendre aux enfants une g< ■• .

[«urée

A la sanglante mort qu'ils avaient préparée.

Et tomber sous le conp d'un trépas grlo-

[rieux.

Ces fruits à peine éclos, déjà mûrs pour les

1. Entendez : il a la gloire d'avoir été choisi, estimé par vous. La noblesse de ces sentiments frappe Voltaire d'une telle admiration qu'il oublie de noter l'obscurité du tour.

POLYEUCTE

Si vous avez pu tout sur moi, sur mon amour,

Que je puisse sur vous quelque chose à mou tour!

Par ce juste pouvoir à présent trop à craindre.

Par ces beaux sentiments qu'il m'a fallu contraindre,

Ne m'ôtez pas vos dons; ils sont chers à mes yeux. 9-r;

Et m'ont assez coûté pour m'ètre précieux.

FÉLIX

Vous m'importunez trop : bien que j'aie un cœur tendre

Je n'aime la pitié qu'au prix que j'en veux prendre1 :

Employez mieux l'effort de vos justes douleurs;

Malgré moi m'en toucher, c'est perdre et temps et pleurs; 93

J'en veux être le maître, et je veux bien qu'on sache

Que je la désavoue alors qu'on me l'arrache.

Préparez-vous à voir ce malheureux chrétien ;

Et faites votre effort quand j'aurai fait le mien.

Allez; n'irritez plus un père qui vous aime, 985

Et tâchez d'obtenir votre époux de lui-même.

Tantôt jusqu'en ce lieu je le ferai venir :

Cependant quittez-nous, je veux l'2 entretenir.

PAULINE

De grâce, permettez...

FÉLIX

Laissez-nous seuls, vous dis-je; Votre douleur m'offense autant qu'elle m'afflige. •■'•"->

A gagner Polyeucte appliquez tous vos soins ; Vous avancerez plus en m'importunant moins.

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