‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 30 sur 488 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

Cède au coup qui nie tue.

Si près de voir mon feu récompensé ,

0 Dieu , l'étrange peine !

En cet affront mon père est l'offensé, Et l'offenseurUe père de Chimène8! soo

Que je sens de rudes combats!

Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse3 Il faut venger un père, et perdre une maîtresse*. L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras. Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme, 303

Ou de vivre en infâme, Des deux côtés mon mal est infini.

0 Dieu, l'étrange peine!

Faut-il laisser un affront impuni?

Faut-il punir le père de Chimène? no

Père, maîtresse, honneur, amour, Noble et dure contrainte, aimable tyrannie, Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie. L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour. Cher et cruel espoir d'une âme généreuse, 313

Mais ensemble* amoureuse, Digne ennemi de mon plus grand bonheur,

Fer qui causes ma peine , M'es-tu donné pour venger mon honneur?

M'es-tu donné pour perdre ma Chimène? 3-20

Il vaut mieux courir au trépas.

Je dois* à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père ; J'attire en me vengeant sa haine et sa colère; J'attire ses mépris en ne me vengeant pas. A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle, 323

Et l'autre indigne d'elle.

Mon mal augmente à le vouloir guérir; Tout redouble ma peine.

1 . Néologisme qu'approuva l'Académie dans ses Sentiments avec uue heureuse largeur de vues.

2. Corneille, eu 1660, a blâmé luimême, avant Fénelon, cette finale comme trop affectée et peu naturelle, et l'on ne peut nier en effet que le balancement des rimes n'ait quelque chose d'artificiel. Mais le tour antithétique de l'expression ne rend-il pas la poignante antithèse des sentiments V

Et qui ne voit que Corneille était à cette date bien loin des années de jeunesse, où il avait rêvé plutôt qu'écrit la délicieuse musique de ces couplets lyriques? Il ne faut pas craindre de prendre ici contre Corneille le parti de Corneille lui-même.

3. i( Je vois bien que j'ai deux âmes, dit un héros delà Cyropédie; c'est une philosophie que j'ai apprise d'un terrible sophiste qui est l'Amour. »

le cil)

Allons, mon àme; et puisqu'il faut mourir, Mourons du moins sans offenser Chimère.

Mourir sans tirer ma raison* !

Rechercher un trépas si mortel à ma gloire, Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison ! Respecter un amour dont mon âme égarée 3:j.>

Voit la perte assurée*!

N'écoutons plus ce penser suborneur,

Qui ne sert qu'à ma peine.

/Ulons, mon bras, sauvons du moins l'honneur, Puisque après tout il faut perdre Chimène. .v*o

Oui, mon esprit s'était déçu.

Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse. Que je meure au combat, ou meure de triste-- . Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu l. Je m'accuse déjà de trop de négligence; s 45

Courons à la vengeance; Et, tout honteux d'avoir tant balancé.

Ne soyons plus en peine, Puisque aujourd'hui mon père est l'offensé, Si l'offenseur est père de Chimène. 3so

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