‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 314 sur 488 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Vous m'en désavouez, vous l'imputez à crime,

Mais pour servir César rien n'est illégitime.

J*en ai souillé mes mains pour vous en préserver :

Vous pouvez en jouir et le désapprouver;

Et plus j'ai fait pour vous, plus l'action est noire,

Puisque c'est d'autant plus vous immoler ma gloire,

Et que ce sacrifice, offert par mon devoir,

Vous assure la vôtre avec votre pouvoir.

CÉSAR

Vous cherchez, Ptolomée, avecque J trop de ruses,

De mauvaises couleurs et de froides excuses.

Votre zèle était faux, si seul il redoutait

Ce que le monde entier à pleins vœux souhaitait,

Et s'il vous a donné ces craintes trop subtiles

Qui m'ôtent tout le fruit de nos guerres civiles,

Où l'honneur seul m'engage, et que pour terminer

Je ne veux que celui de vaincre et pardonner,

Où mes plus dangereux et plus grands adversaires,

Sitôt qu'ils sont vaincus, ne sont plus que mes frères;

Et mon ambition ne va qu'à les forcer,

Ayant dompté leur haine, à vivre et m'embrasser.

Oh! combien d'allégresse une si triste guerre Aurait-elle laissé dessus toute la terre, Si Rome avait pu voir marcher en même char, Vainqueurs de leur discorde, et Pompée et César2! Voilà ces grands malheurs que craignait votre zèle. 0 crainte ridicule autant que criminelle! Vous craigniez ma clémence! ah! n'ayez plus ce soin; Souhaitez-la plutôt, vous en avez besoin. Si je n'avais égard qu'aux lois de la justice, Je m'apaiserais Rome avec votre supplice,

I Sans que ni vos respects, ni votre repentir, Ni votre dignité, vous pussent garantir :

[Votre trône lui-même en serait le théâtre, lais voulant épargner le sang de Cléopàtre,

U'impute à vos flatteurs toute la trahison,

|Et je veux voir comment vous m'en ferez raison, suivant les sentiments dont vous serez capable,

Ile saurai vous tenir innocent ou coupable,

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