V. Gr. 31. i
Vous en verrez ici de toutes les façons;
Ne me demandez point cependant de leçons...
DORANTE
A ne rien déguiser, Cliton, je te confesse,
Qu'à Poitiers j'ai vécu comme vit la jeunesse;
Jetais en ces lieux-là de beaucoup de métiers* :
Mais Paris après tout est bien loin de Poitiers!
Le climat différent veut une autre méthode :
Ce qu'on admire ailleurs est ici hors de mode ;
La diverse façon de parler et d'agir
Donne aux nouveaux venus souvent de quoi rougir.
Chez les provinciaux on prend ce qu'on rencontre
Et là, faute de mieux, un sot passe à la montre* :
Mais il faut à Paris bien d'autres qualités;
On ne s'éblouit pas de ces fausses clartés;
Et tant d'honnêtes gens, que Ton y voit ensemble,
Font qu'on est mal reçu, si l'on ne leur ressemble.
CLITON
Connaissez mieux Paris, puisque vous en parlez. Paris est un grand lieu plein de marchands mêlé. L'effet n'y répond pas toujours à l'apparence; On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France; Et, parmi tant d'esprits plus polis et meilleurs, Il y croît des badauds autant et plus qu'ailleurs. Dans la confusion que ce grand monde apporte. Il y vient de tous lieux des gens de toute sorte: Et dans toute la France il est fort peu d'endroits Dont il n'ait le rebut aussi bien que le choix. Comme on s'y connaît mal, chacun s'y fait de mise* ', Et vaut communément autant comme - il se prise : De bien pires que vous s'y font assez valoir. Mais, pour venir au point que vous voulez savoir, Ètes-vous libéral?
DORANTE
Je ne suis point avare.
CLITON
C'est un secret d'amour et bien grand et bien rare. Mais il faut de l'adresse 3 à le bien débiter,
1. Même métaphore que dans La I qui est à peine démise un quart d'hei Bruyère, quand, aux modes qui passent de suite, brusquement, il compare ce Jfénippe I 2. T. G/:, 45. — 3. Y. Or., Zi.