‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 364 sur 488 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

3oI

De peur d'en faire un roi je l'ai fait davantage : Outre qu'indifférente aux vœux de fous les trois J'espérais que l'amour pourrait suivre son choix. Et que le moindre d'eux, de soi-mèine estimable, Recevrait de sa main la qualité d'aimable.

Voilà, Blanche, où j'en suis; voilà ce que j'ai fait: Voilà les vrais motifs dont tu voyais l'effet : Car mon âme pour lui, quoique ardemment pressée, Ne saurait se permettre une indigne pensée; Et je mourrais encore avant que m'accorder Ce qu'en secret mon cœur ose me demander. Mais enfin je vois bien que je me suis trompée De m'en être remise à qui porte une épée, Et trouve occasion, dessous cette couleur. De venger le mépris qu'on fait de sa valeur. Je devais par mon choix étouffer cent querelles: Et l'ordre que j'y tiens en forme de nouvelles, Et jette entre les grands, amoureux de mon rang, Une nécessité de répandre du sang.

Mais j'y saurai pourvoir.

BLANCHE

C'est un pénible ouvrage D'arrêter un combat qu'autorise l'usage, Oue les lois ont réglé, que les rois vos aïeux Daignaient assez souvent honorer de leurs yeux : On ne s'en dédit point sans quelque ignominie. Et l'honneur aux grands cœurs est plus cher que la vie

D. ISABELLE

Je sais ce que tu dis, et n'irai pas de front

Faire un commandement qu'ils prendraient pour affront.

Lorsque le déshonneur souille l'obéissance,

Les rois peuvent douter de leur toute-puissance ' :

Qui la hasarde alors n'en sait pas bien user:

Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.

Je romprai ce combat feignant de le permettre.

Et je le tiens rompu si je puis le remettre.

Les reines d'Aragon pourront même m'aider.

Voici déjà Carlos que je viens de mander :

l. On applaudissait avec transport ces vers au dix -huitième siècle; le gouvernement les fit supprimer. Celui dout

un pea plu- tard BafKÉéon eût rêve de faire un prince passait alors pour républicain.

352 DON SAXCHE D'ARAGON

Demeure, et tu verras avec combien d'adresse Ma gloire de mon âme est toujours la maîtresse.

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