I.AODICE
Seigneur, si je m'égare, on peut me l'enseigner.
PRUSIAS
Vous méprisez trop Rome, et vous devriez faire Plus d'estime d'un roi qui vous tient lieu de père.
LAODICE
Vous verriez qu'à tous deux je rends ce que je doi, Si vous vouliez mieux voir ce que c'est qu'être roi.
Recevoir ambassade"2 en qualité de reine, Ce seroit à vos yeux3 faire la souveraine, Entreprendre sur vous, et dedans votre État1 Sur votre autorité commettre un attentat : Je la refuse donc, Seigneur, et me3 dénie L'honneur qui ne m'est du que dans mon Arménie. C'est là que sur mon trône avec plus de splendeur Je puis honorer Rome en son ambassadeur, Faire réponse en reine, et comme le mérite Et de qui l'on me parle, et qui m'en sollicite. Ici c'est un métier que je n'entends pas bien : Car hors de l'Arménie enfin je ne suis rien : Et ce grand nom de reine ailleurs ne m'autorise Qu'à n'y voir point de trône à qui je sois soumise, A vivre indépendante, et n'avoir en tous lieux Pour souverains que moi, la raison, et les dieux.
PRUSIAS
Ces dieux vos souverains, et le roi votre père, De leur pouvoir sur vous m'ont fait dépositaire; Et vous pourrez peut-être apprendre une autre fois Ce que c'est en tous lieux que la raison des rois. Pour en faire l'épreuve allons en Arménie : Je vais vous y remettre en bonne compagnie; Partons; et dès demain, puisque vous le voulez, Préparez-vous à voir vos pays désolés ; Préparez-vous à voir par toute votre terre Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre, Des montagnes de morts, des rivières de sang6
rso