ACTE III, SCÈNE II
Seigneur, dans sa cour même, et hors de l'Arménie.
La vertu trouve appui contre la tyrannie.
Tout son peuple a des yeux pour voir quel attentat
Font sur le bien public les maximes d'Etat : 8so
Il connaît Nicomède, il connaît sa marâtre,
Il en sait, il en voit la haine opiniâtre ;
Il voit la servitude où1 le roi s'est soumis,
Et connaît d'autant mieux les dangereux amis.
Pour moi, que vous croyez au bord du précipice. 85s
Bien loin de mépriser Attale par caprice, J'évite les mépris qu'il recevrait de moi S'il tenait de ma main la qualité de roi. Je le regarderais comme une âme commune, Comme un homme mieux né pour une autre fortune. sgo Plus mon sujet qu'époux; et le nœud conjugal Ne le tirerait pas de ce rang inégal.
Mon peuple à mon exemple en ferait peu d'estime. Ce serait trop, Seigneur, pour un cœur magnanime : Mon refus lui fait grâce, et malgré ses désirs, 860
J'épargne à sa vertu d'éternels déplaisirs*.
FLAMINirS
Si vous me dites vrai, vous êtes ici reine :
Sur l'armée et la cour je vous vois souveraine ;
Le roi n'est qu'une idée 2, et n'a de son pouvoir
Que ce que par pitié vous lui laissez avoir. 87 0
Quoi? même vous allez jusques à faire grâce!
Après cela, Madame, excusez mon audace;
Souffrez que Rome enfin vous parle par ma voix :
Recevoir ambassade est encor de vos droits;
Ou si ce nom vous choque ailleurs qu'en Arménie, 875
Comme simple Romain, souffrez que je vous die3
•Qu'être allié de Rome, et s'en faire un appui.
C'est l'unique moyen de régner aujourd'hui;
Que c'est par là qu'on tient ses voisins en contrainte,
Ses peuples en repos, ses ennemis en crainte; 880
Qu'un prince est dans son 'trône à jamais affermi
Quand il est honoré du nom de son ami;
Qu'Attale avec ce titre est plus roi, plus monarque
Que tous ceux dont le front ose en porter la marque ;
Et qu'enfin...