LA GALERIE DU PALAIS
La Veuve n'était pas pour donner un démenti à ce brillant éloge du style naturel : si l'intrigue en est encore confuse et embrouillée, le dialogue est d'une souplesse toujours alerte et d'une piquante vivacité. Ici et là le ton s'élève avec une noble aisance, et quelques stances harmonieuses, au début du deuxième acte, montrent la richesse des ressources dont dispose déjà l'écrivain :
Secrets tyrans de ma pensée,
Respect , amour, de qui les lois ,
D'un juste et fâcheux contrepoids,
La tiennent toujours balancée,
Que vos mouvements opposés,
Vos traits, l'un par l'autre brisés .
Sont puissants à s'entre-détruire !
Que l'un m'offre d'espoir!
Que l'autre a de rigueur!
Et, tandis que tous deux tâchent à me séduire, Que leur combat est rude au milieu de mon cœur!
On a reconnu la première esquisse des stances du Cid. et le rythme des sentiments contraires est déjà presque aussi heureusement cadencé qu'il le sera plus tard dans la bouche de Rodrigue.
Le soleil s'est levé; retirez-vous, étoiles:
s'écriait Scudéry, en applaudissant les vers de la Veuve, avant de faire à l'auteur du Cid une guerre si acharnée. Il est vrai que Scudéry passait pour être un poète tragique, et la Veuve n'était qu'une comédie.