ACTE V, SCi:NIi II
Et jamais on n'a droit sur ceux du souverain.
Aussi, dans le discours que vous venez d'entendre. Je parlais pour l'aigiir, et non pour me défendre.
Punissez donc, seigneur, ces criminels appas Qui de vos favoris font d'illustres ingrats: Tranchez mes tristes jours pour assurer les vôtres. Si j'ai séduit Cinna, j'en séduirai bien d'autres; Kt je suis plus à craindre, et vous plus en danger. Si j'ai l'amour ensemble et le sanir à venger.
CINNA
Que vous m'ayez séduit, et que je souffre encore D'être déshonoré par celle que j'adore!
Seigneur, la vérité doit ici s'exprimer: J'avais fait ce dessein avant que de l'aimer; A mes plus saints désirs la Irouvaut inflexible, Je crus qu'à d'aulies soins elle serait sensible; Je parlai de son père et de voire rigueur. Et l'offre de mon bras suivit celle du conw. Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme! Je rattat[uai par là, par là je [iris son âme; Dans mon peu de mérite elle me négligeait, Et ne put négliger le l»ras qui la vengeait : Elle n'a conspiré que par mon artifice; J'en suis le seul auteur, elle n'est que complice.
.KMILIK.
Cinna, qu'oses-tu dire? est-ce là me chérir. Que de m'ôter l'honneur quand il me faut mourir? CINNA. [gloire.
Mourez, mais en mourant ne souillez point ma
-EMILIK.
La mienne se tlélrif, si César le veut croire.
CINNA
Et la mienne se perd, si vous tirez à vous Toute celle qui suit de si généreux coups.
EMILIE
Eh bien ! prends-en la part, cl me laisse la mienne ; Ce serait l'affaiblir que d'affaiblir la lienne: La gloire elle plaisir, la honte et les tourments, Tout doit être commun entre de vrais amants.
Nos deux âmes, seigneur, sont deux âmes romai- Unissant nos désirs nous unîmes nos haines; [nés: De nos parents perdus le vif ressentiment Nous apprit nos devoirs en un même moment; En ce noble dessein nos cœurs se rencontrèrent;
i\os esprits généreux ensemble le formèrent ; Ensemble nous cbercbons l'bonneur d'unbeau tré- Vous vouliez nous unir, ne nous séparez pas. [pas:
AUGUSTE
Oui, je vous unirai, couple ingrat et perfide, Et plus mon ennemi qu'Antoine ni Lépide ; Oui, je vous unirai, puisque vous le voulez. Il faut bien satisfaire aux feux dont vous brûlez; Et que tout l'univers, sacliant ce qui m'anime. S'étonne du supplice aussi bien que du crime. Mais enfin le ciel m'aime, et ses bienfaits nouveaux Ont arraché Maxime à la fureur des eaux.