‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 133 sur 373 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Et souffrez que Je meure aux yeux de ces amants. J'ai trahi mon omi, ma maîtresse, mon maître, Ma gloire, mon pays, par l'avis de ce traître; Et croirai toutefois mon lionheur infini, Si je puis m'en punir après 1 avoir puni.

AUGUSTE

En est-ce assez, ô ciel ! et le sort, pour me nuire, A-t-il quelqu'un des miens qu'il veuille encor sédui- Qu'il joigne à ses efforts le secours des enfers ; [re ? Je suis maître de moi comme de l'univers: Je le suis, je veux l'êtie. 0 siècles! ô mémoire! Conservez à jamais ma dernière victoire ; Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous.

Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie : Comme à mon ennemi je t'ai donné la vie, Et, malgré la fureur de ton lâche dessein. Je te la donne encor comme à mon assassin. Commençons un combat qui montre par l'issue Qui l'aura mieux de nous ou donnée ou reçue. Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler ; Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler : Avec cette beauté que je t'avais donnée. Reçois le consulat pour la prochaine année.

Aime Cinna, ma fille, en cet illustre rang, Préfères-en la pourpre à celle de mon sang; Apprends sur mon exemple à vaincre ta colère : Te rendant un époux, je te rends plus qu'un père.

.ÏMILIE.

Et je me rends, seigneur, à ces hautes bontés; Je recouvre la vue auprès de leurs clartés : Je connais mon forfait qui me semblait justice ; Et (ce que n'avait pu la terreur du supplice) Je sens naître en mon àme un repentir puissant. Et mon cœur en secret me dit qu'il y consent. Le ciel a résolu votre grandeur suprême; Et pour preuve, seigneur, je n'en veux que moi- J'ose avec vanité me donner cet éclat, [même : Puisqu'il change mon coeur, qu'il veut changer l'É- Ma haine va mourir, que j'ai crue immortelle ; [tat. Elle est morte et ce cœur devient sujet fidèle; El prenant désormais cette haine en horreur, L'ardeur de vous servir sucède à sa fureur.

CINNA

Seigneur, que vous dirai-je après que nos offenses

Au lieu de châtiments trouvent des récompenses? 0 vertu sans exemple ! ù clémence, qui rend Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand !

AUGUSTE

Cesse d'en retarder un oubli magnanime; Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime : Il nous a trahis tous: mais ce qu'il a commis Vous conserve innocents, et me rend mes amis.

{A Maxime.) Reprends auprès de moi ta place accoutumée ; Rentre dans ton crédit et dans ta renommée ; Qu'Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour; Et que demain l'hymen couronne leur amour. Si tu l'aimes encor ce sera ton supplice.

MAXIME

Je n'en murmure point, il a trop de justice; Et je suis plus confus, seigneur, de vos bontés Que je ne suis jaloux du bien que vous m'ôtez.

CINNA

Souffrez que ma vertu dans mon cœur rappelée Vous consacre une foi lâchement violée, Mais si ferme à présent, si loin de chanceler, Que la chute du ciel ne pouirait l'ébranler. Puisse le grand moteur des belles destinées. Pour prolonger vos jours, retrancher nos années; Et moi, par un bonheur dont chacun soit jaloux. Perdre pour vous cent fois ce que je tiens de vx)us !

LIVIE

Ce n'est pas tout, seigneur; une céleste flamme D'un rayon prophétique illumine mon âme. Oyez ce que les dieux vous font savoir par moi; De votre heureux destin c'est l'immuable loi.

Après cette action vous n'avez rien à craindre; On portera le joug désormais sans se plaindre ; Et les plus indomptés, renversant leurs {jrojets. Mettront touLe leur gloire à mourir vos sujets; Aucun lâche dessein, aucune ingrate envie N'attaquera le cours d'une si belle vie; Jamais plus d'assassins, ni de conspirateurs : Vous avez trouvé l'art d'iHre maître des cœurs. Rome, avec une joie et sensible et prqfonde. Se démet en vos mains de l'empire du monde ; Vos royales vertus lui vont trop enseigner Que son bonheur consiste à vous faire régner : D'une si longue erreur pleinement aflranchie,

ACTK V, SCENE III. 159

Elle n';< plus de vœux que pour la monarchie, Vous prépare déjà des temples, des autels, Et le ciel une place entre les immortels; Et la postérité, dans foutes les provinces, Donnera votre exemple aux plus généreux princes.

AUGUSTE

J'en accepte l'augure, et j'ose l'espérer : Ainsi toujours les dieux vous daignent inspirer I Qu'on redouble demain les heureux sacrifices Que nous leur oit'rirons sous de meilleurs auspices. Et que vos conjurés entendent puldicr Qu'Auguste a tout appris et veut tout oublier.

POLYEUCTE

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