‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 154 sur 373 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

PALLINE.

Que de soucis flottants, que de confus nuages Présentent à mes yeux d'inconstantes imas-es 1

184 rOLYEUCTE, TRAGÉDIE CIIUÉTIENNE.

Douce tranquillité, que je n'ose espérer, Que ion divin rayon tarde à les éclairer! Mille agitations, que mes troubles produisent, Dans mon cœur ébranlé tour à tour se détruisent; Aucun espoir n'y coule où j'ose persister; Aucun eU'roi n'y régne on j ose m'arrêter. Mon esprit, embrassant tout ce qu'il s'imagine, Voit tantôt mon bonbeur, et tantôt ma ruine, Et suit leur vaine idée avec si peu d'elTet Qu'il ne peut espérer ni craindre tout à fait. Sévère incessamment brouille ma fantaisie: J'espère en sa vertu, je crains sa jalousie; Et je n'ose penseï- (jue d'un œil bien égal Polyeucte en ces lieux i)nisse voir son rival. Comme entre deux rivaux la haine est naturelle. L'entrevue aisément se termine en querelle; L'un voit aux mains d'autrui ce qu'il croit mériter, L'autre un désespéré qui peut trop attenter. Quelque haute raison qui règle leur courage. L'un conçoit de l'envie, et l'autre de l'ombrage; La honte d'un affront que chacun d'eux croit voir Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir, Consumant dés l'abord toute leur patience, Forme de la colère et de la défiance; Et, saisissant ensemble et l'époux et l'amant. En dépit d'eux les livre à leur ressentiment. Mais que je me figure une étrange chimère! Et que je traite mal Polyeucte et Sévère, Comme si la vertu de ces fameux rivaux Ne pouvait s'alfranchir de ces communs défauts! Leurs âmes à tous deux d'elles-mêmes maîtresses Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses; Ils se verront au te/nple en hommes généreux. Mais las! ils se veiront, et c'est beaucoup pour eux. Que sert à mon époux d'être. dans Mélitène, Si contre lui Sévère arme l'aigle romaine, Si mon père y commande, et craint ce favori, Et se repent déjà du -choix de mon mari? Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte : En naissant il avorte, et fait place à la crainte ; Ce qui doit l'affermir sert à le dissiper. •Dieux ! faites que ma pour puisse enfin se tromper! Mais sachons-en l'issue. ■

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