FÉLIX, PAULINE, STRATONICE
Une telle insolence avoir osé paraître !
En public! à ma vue ! Il en mourra, le traître.
PAULINE
Souffrez que votre fille embrasse vos genoux.
FÉLIX
Je parle de Néarque, et non de votre époux. Quelque indigne qu'il soit de ce doux nom de gendre, Mon âme lui conserve un sentiment plus tendre; La grandeur de son crime et de mon déplaisir N'a pas éteint l'amour qui me l'a fait choisir.
PAULINE
Je n'attendais pas moins de la bonté d'un père.
FÉLIX
Je pouvais l'immoler à ma juste colère: Car vous n'ignorez pas à quel comble d'horreur De son audace impie a monté la fureur ; Vous l'avez pu savoir du moins de Stratonice.
PAULINE
Je sais que de Néarque il doit voir le supplice.
FÉLIX
Du conseil qu'il doit prendre il sera mieux instruit, Quand il verra punir celui qui l'a séduit. Au spectacle sanglant d'un ami qu'il faut suivre, La crainte de mourir et le désir de vivre Ressaisissent une âme avec tant de pouvoir, Que qui voit le trépas cesse de le vouloir. L'exem[ile touche plus que ne fait la menace: Cette indiscrète ardeur tourne bientôt en glace, Et nous verrons bientôt son cœur inquiété Me demander pardon de tant d'impiété.
PAULINE
Vous pouvez espérer qu'il change de courage?
FÉLIX
Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage.
PAULINE
Il le doit; mais, hélas! où me renvoyez-vous?