‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 16 sur 373 · LE COMTE, D. RODRIGUE · texte numérisé non relu

LE COMTE, D. RODRIGUE

D. RODRIGUE

A moi, comte, deux mots.

LE COMTE

Parle.

D. RODRIGLE.

Ote-moi d'un doute.

Connais-tu bien don Diègue?

LE COMTE

Oui.

D. RODRIGUE

Parlons bas; écoute.

Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La vaillance et l'honneur de son temps? le sais-tu?

LE COMTE

Peut-être.

D. RODRIGUE

Cette ardeur que dans les yeux je porte. Sais-tu que c'est son sang? le sais-tu?

LE COMTE

Que m'importe?

D. RODRIGUE

A quatre pas d'ici je te le fais savoir.

LE COMTE

Jeune présomptueux!

D. RODRIGUE

Parle sans t'émouvoir.

Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années.

LE COMTE

Te mesurer à moi ! qui t'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main!

D. RODRIGUE

Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître, Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de LE COMTE. [maître.

Sais-tu bien qui je suis?

D. RODRIGUE

Oui ; tout autre rpie moi Au seulbruit de ton nom pourrait trembler delfroi. Les palmes dont je vois ta tète si couverte Semblent porter écrit le destin de ma perle. J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur: Mais j'aurai trop de force, ayant assez de cumu'. A qui venge son père il n'est rien d'impossible. Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

LE COMTE

Ce grand conir qui parait aux discours que tu tiens,

Par tes yeux, cliaque jour, se découvrait aux miens;

Et croyant voir en toi l'honneur de la Castille,

Mon âme avec plaisir te destinait ma fille.

Je sais ta passion, et suis rtivi de voir

Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir;

Qu'ils n'ont point atfaibli cette ardeur magnanime ;

Que ta haute vertu répond à mon estime;

Et que, vojilant pour gendre un cavalier parfait,

.le ne me trompais point au choix que j'avais fait.

Mais je sens que pour toi ma pitié s'intéresse;

J'admire ton courage, et je plains ta jeunesse.

Ne cherche point à faire un coup d'essai fatal;

Dispense ma valeur d'un combat inégal ;

Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire.

.\. vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

On te croirait toujours abattu sans effort ;

Page 1