‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 168 sur 373 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

POLYEIT.TE.

Tout beau, Pauline: il entend vos paroles; Et ce n'est pas un Dieu comme vus dieux frivoles. Insensibles et sourds, impuissants, mutilés. De bois, de marbre, ou d'or, comme vous les voulez. C'est JeDieudescIirélicns, c'est le mien, c"esl le vôtre : Etlaterreet le ciel n'en connaissent point d'autres;

l'ALLINE.

Adorez-le dans l'ùme, et n'en témoignez rien.

POLYELCTE.

Que je sois tout ensemble idolâtre et chrétien!

PAILINE.

Ne feignez qu'un moment, laissez partir Sévère, Et donnez lieu d'agir aux bontés do mon père.

POLYELCTE.

Les bontés de mon Dieu sont bien plus à chérir: Il m'ûte des périls que j'aurais pu courir, Et, sans me laisser lieu de tourner en arrière, Sa faveur me couronne entrant dans la carrière; Du premier coup de vent il me conduit au port. Et, sortant du baptême, il m'envoie à la mort. Si vous pouviez comprendre, et le peu qu'est la vie. Et de quelles douceurs cette mort est suivie!... Mais que sert de parler de ces trésors cachés A. des esprits que Dieu n'a pas encor touchés?

PAULINE

Cruel ! car il est temps que ma douleur éclate, Et qu'un juste reproche accable une àme ingrate; Est-ce là ce beau feu? sont-ce là tes serments? Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments? Je ne te parlais point de l'état déplorable Où ta mort va laisser ta femme inconsolable; Je croyais que l'amour t en parlerait assez, Et je ne voulais pas de sentiments forcés; Mais cette amour si ferme et si bien méritée Que tu m avais promise, et que je t'ai portée, Quand tu me veuxquitter, quand tu me fais mourir, Te peut-elle arracher une larme, un soupir? Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie; Tu ne la caches pas, tu veux que je la voie; Et ton cœur, insensible à ces tristes appas, Se figure un bonheur ofi je ne serai pas! C'est donc là le dégoût qu'apporte l'hyménée? Je te suis odieuse après m'étre donnée!

POLYEUCTE

Hélas!

PAULINE

Que cet hélas a de peine à sortir!

Encor s'il commençait un heureux repentir, Que, tout forcé qu'il est, j'y trouverais de charmes! Mais courage, il s'émeut, je vois couler des larmes.

POLYEUCTE

J'en verse , et plût à Dieu qu'à force d'en verser Ce cœur trop endurci se pût enfin percer! Le déplorable élat où je vous abandonne Est bien digne des pleurs que mon amour vous don- Et si l'on peut au ciel sentir quelques douleurs, [ne; J'y pleurerai pour vous l'excès de vos malheurs: Mais si, dans ce séjour de gloire et de lumière. Ce Dieu tout juste et bon peut souifrir ma prière; S'il y daigne écouter un conjugal amour, Sur votre aveuglement il répandra le jour.

Seigneur, de vos bontés il faut que je l'obtienne: Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne: Avec trop de mérite il vous plut la former, Pour ne pas vous connaître et ne vous pas aimei-, Pour vivre des enfers esclave infortunée, Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.

PAULINE

Que dis-tu, malheureux? qu'oses-tu souhaiter?

POLYEUCTE

Ce que de tout mon sang je voudrais acheter.

PAULLNE.

Que plutôt...

POLYEUCTE

C'est en vain qu on se met en défense: Ce Dieu touche le cœur lorsque moins on y pense. Ce bienheureux moment n'est pas encor venu; Il viendra, mais le temps ne m'en est pas connu.

PAULINE

Quittez cette chimère, et m'aimez.

POLYEUCTE

Je vous aime, Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que PAULINE. [moi-même.

Au nom de cet amour, ne m'abandonnez pas,

POLYEUCTE

Au nom de cet amour, daignez suivre mes pas.

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