FÉLIX, ALBIN
FÉLIX
Je me fais -violence, Al})i!i, mais je l'ai dû; Ma bonté naturelle aisément m"eùt perdu. Que la rage du peuple à présent se déploie, Que Sévère en fureur, tonne, éclate, foudroie, M'étant fait cet effort, j'ai fait ma sûreté. Mais n'es-tu point surpris de cette dureté? Vois-tu comme le sien des cœurs impénétrables, Ou des impiétés à ce point exécrables?
Du moins j'ai satisfait mon esprit aflligé: Pour amollir son cœur je n'ai rien négligé ; J'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes; Et certes, sans l'horreur de sesderniers blasphèmes, Qui m'ont rempli soudain de colère et d'etïroi, J'aurais eu de la peine à triompher de moi.
ALBIN
Vous maudirez peut-être un jour cette victoire. Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire, Indigne de Félix, indigne d'un Romain, Répandant votre sang par voire propre main.
FÉLIX
Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie; Mais leur gloire en a crû, loin d'en être affaiblie ; Et quand nos vieux héros avaient de mauvais sang, Ils eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc.
ALBIN
Votre ardeur vous séduit; mais, quoi qu'elle vous Quand vous la sentirez une fois refroidie, [die. Quand vous verrez Pauline, et que son désespoir Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir...
FÉLIX
Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traître. Et que ce désespoir qu'elle fera paraître De mes commandements pourra troubler l'effet: Va donc y donner ordre, et voir ce qu'elle fait; Romps ce que sesdouleurs y donneraient d'obstacle. Tire-la, si tu peux, de ce triste spectacle; Tâche à la consoler. Va donc ; qui te retient?
ALBIN
11 n'en est pas besoin, seigneur, elle revient.