‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 19 sur 373 · L'INFANTE, LÉONOR · texte numérisé non relu

L'INFANTE, LÉONOR

l"infante.

Hélas! que dans l'esprit je sens d'inquiétude 1 Je pleure ses malheurs, son amant 7iie ravit: Mon repos m'abandonne, et ma tlamme revit. Ce qui va séparer Rodrigue de Chimène Fait renaître à la fois mon espoir et ma peine: Et leur division, que je vois à regret, Dans mon esprit charmé jette un plaisir secret.

LÈONOR.

Cette haute vertu qui règne dans votre âme Se rend-elle si tôt à cette lâche tlamme?

l'infante.

Ne la nomme point lâche, à présent que chez moi Pompeuse et triomphante elle me fait la loi; Porte-lui du respect, puis qu'elle m'est si chère. Ma vertu la combat, mais, malgré moi, j'espère;

Et d'un si fol espoir mon cœur mal défendu Vole après un amant que Chimène a perdu.

LÉON OR

Vous laissez choir ainsi ce glorieux courage, Et la raison chez vous perd ainsi son usage.

LINFANTE.

Âh ! qu'avec peu d'eli'et on entend la raison, Quand le cœur est atteint d'un si charmant pjoison 1 Et lorsque le malade aime sa maladie, Qu'il a peine à soutlrir que l'on y remédie !

LÉONOR

Votre espoir vous séduit, votre mal vous est doux ; Mais enfin ce Rodrigue est indigne de vous.

l'infante.

Je ne le sais que trop ; mais si ma vertu cède, [sède : Apprends comme l'amour tlatte un cœur cju'il pos- Si Rodrigue une fois sort vainqueur du combat, Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat. Je puis en faire cas, je puis l'aimer sans honte. Que ne fera-t-il point s'il peut vaincre le comte 1 J'ose m'imaginer qu'à ses moindres exploits Les royaumes entiers tomberont sous ses lois; Et mon amour flatteur déjà se persuade Que je le vois assis au trùne de Grenade, Les Maures subjugués trembler en l'adorant, L'Âragon recevoir ce nouveau conquérant.

Le Portugal se rendre, et ses nobles journées Porter de la les mers ses hautes destinées, Du sang des Africains arroser ses lauriers; Enfin tout ce qu'on dit des plus fameux guerriers. Je l'attends de Rodrigue après cette victoire, El fais de son amour un sujet de ma gloire.

LÉONOR

Mais, madame, voyez où vous portez son bras. Ensuite d'un combat qui peut-être n'est pas.

l'infante.

Rodrigue est offensé, le comte a fait l'outrage; Ils sont sortis ensemble, en faut-il davantage?

LÉONOR

Eh bien! ils se battront, puisque vous le voulez; • Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez?

l'infante.

Que veux-tu? je suis folle, et mon esprit s'égare; Tu vois jiar la quels maux cet amour me prépare.

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