SOLDATS ROMAINS, SOLDATS ÉGYPTIENS
PTOLOMÉE
Seigneur, montez au trône, et commandez ici.
CÉSAR
Connaissez-vous César, de lui parler ainsi ? Que m'offrirait de pis la fortune ennemie, A moi qui liens le trône égal à l'infamie! Certes, Kome à ce coup pourrait bien se vanter D'avoir eu juste lieu de me persécuter; Elle qui d'un même omI les donne et les dédaigne, Qui ne voit rien aux rois qu'elle aime ou qu'elle crai- Et quiverseen nos cœurs avec l'A me et lesang, [gne, Et la liaine du nom et le mépris du rang. C'estce quedePompéeil vous fallait apprendre: S'il en eût aimé l'offre, il eût su s'en défendre ; Et le trône et le roi se seraient ennoblis A soutenir la main qui les a rétablis. Vous eussiez pu tomber, maistout couvertde gloire : Votre chute eût valu la plus haute victoire; Et si votre destin n'eût pu vous eu sauver, César eût pris plaisir à vous en relever. Vous n'avez pu former une si noble envie. Mais quel droit aviez-vous sur cette illustre vie? Que vousdevaitsonsang pour y tremper vos mains. Vous qui devez respect au moindre des Romains? Ai-jevaincupourvousdansles champs de Pharsale
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Et par une vicloire aux vaincus trop fatale, Vous ai-je acquis sur eux, en ce dernier efiToii, La puissance absolue et de vie et de mort ? Moi qui n'ai jamais pu la souti'rir à Pompée La souffrirai-je en vous sur lui-même usurpée, Et que de mon bonheur vous ayez abusé Jusqu'à plus attenter que je 1 aurais osé? De quel nom,après tout, pensez-vous que je nomme Ce coup où vous tranchez du souverain de Rome, Et qui sur un seul chef lui fait bien plus d'aflronl Que sur tant de milliers ne fit le roi de Pont ? Pensez-vous que j'iirnore ou que je dissimule Que vous n'auriez pas eu pourmoi plusde scrupule. Et que s'il m'eût vaincu, votre esprit complaisant Lui faisait de ma tète un semblable présent? Grâces à ma victoire, on me rend des hommages Où ma fuite eût reçu toutes sortes d'outrages; Au vainqueur, non à moi, vous faites tout l'honneur : Si César en jouit, ce n'est que par bonheur. Amitié dangereuse, et redoutable zèle, Que règle la fortune, et qui tourne avec elle! Mais parlez, c'est trop être interdit et confus.
PTOLOMÉE
Je le suis, il est vrai, si jamais je le fus ; Et vous-même avoûrez que j'ai sujet de l'être. Etant né souverain, je vois ici mon maître : Ici, dis-je, où ma cour tremble en me regardant. Où je n'ai point encore agi qu'en commandant. Je vois une autre cour sous une autre puissance. Et ne puis plus agir qu'avec obéissance. De votre seul aspect je me suis vu surpris : Jugez si vos discours rassurent mes esprits; Jugez par quels moyens je puis sortir d'un trouble Que forme le respect, que la crainte redouble, Et ce que vous peut dire un prince épouvanté De voir tant de colère et tant de majesté. Dans ces étonnements dont mon âme est frappée De rencontrer en vous le vengeur de Pompée, Il me souvient pourtant que s'il fut notre appui, ^'ous vous dûmes dès lors autant et plus qu'à lui ; Votre faveur pour nous éclata la première. Tout ce qu'il fit après fut à votre prière : Il émut le sénat pour -des rois outragés, Que sans cette prière il aurait négligés: Mais de ce grand sénat les saintes ordonnances