‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 216 sur 373 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

Tout couvert de son sanir, et plusmortquelui-mème, Après avoir cent fois maudit le diadème, Madame, j'ai porté mes pas et mes sanglots Du côté que le vent poussait encor les ilôts. Je cours lonjîtemps en vain ;mais enfin d'une roche J'en découvre le tronc vers un sable assez proche, Oîi la vague en courroux semblait prendre plaisir A feindre de le rendre, et puis s'en ressaisir. Je m'y jette, et l'embrasse, et le pousse au rivage; Et, ramassant sous lui le débris d'un naufrage, Je lui dresse un bûcher à la hâte et sans art, Tel que je pus sur l'heure, et qu'il plut au hasard. A peine brùlait-il que le ciel plus propice M'envoie un compagnon en ce pieux office : Cordus, un vieux Romain qui demeure en ces lieux, Retournant de la ville, y détourne les yeux ; Et, n'y voyant qu'un tronc dont la tête est coupée, A cette triste marque il reconnaît Pompée. Soudain la larme à l'œil : « 0 toi, qui que tu sois, « A qui le ciel permet de si dignes emplois, « Ton sort est bien, dit-il, autre que tu ne penses ; « Tu crains des châtiments, attends desrécompen- '< César est eu Egypte, et venge hautement [ses. « Celui pour qui ton zèle a tant de sentiment, [dre, « Tu peux faire éclater le soin qu'on t'en voit prendre, < Tu peux même à sa veuve en reporter la cendre, <c Son vainqueur l'a reçue avec tout le respect « Qu'un dieu pourrait ici trouver à son aspect. « Achève, je reviens. » 11 part et m'abandonne, Et rapporte aussitôt ce vase qu'il me donne. Où sa main et la mienne enfin ont renfermé Ces restes d'un héros par le feu consumé.

0 que sa piété mérite de louanges !

Page 1