‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 218 sur 373 · CLÉOPATRE, CORNÉLIE, PHILIPPE, CHARMION · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, CORNÉLIE, PHILIPPE, CHARMION

r.LKOPATBE.

Je ne viens pas ici pour troubler une plainte Trop juste à la douleur dont vousètes atteinte; [ros Je viens pour rendre hommage aux cendres d'un lié- Qu"un fidèle atfranclii vient d'arracher aux flots, Pour le plaindre avec vous, et vous jurer, madame, Que j'aurais conservé ce maître de votre âme, Si le ciel, qui vous traite avec trop de rigueur, M'en eût donné la force aussi bien que le cœur. Si pourtant, à Taspect de ce qu'il vous renvoie, Vos douleurs laissaient placeicfiielque peu de Joie: Si la vengeance avait de quoi vous soulager, Je vous dirais aussi qu'on vient de vous venger. Que le traître Photin... Vous le savez peut-être ?

CORNÉLIE

Oui, princesse, je sais qu'on a puni ce traître.

CLÉOPATRE

Un si prompt châtiment vous doit être bien doux.

CORNÉLIE

S'il a quelque douceur, elle n'est que pour vous.

CLÉOPATRE. [rent.

Tous les cœurs trouvent doux le succès qu'ils espè-

CORN'ÉLIE

Comme nos intérêts, nos sentiments diffèrent. Si César à sa mort joint celle d'Achillas, Vous êtes satisfaite, et je ne le suis pas. Aux mânes de Pompée il faut une autre offrande: La victime est trop basse, et l'injure est trop grande: Et ce n'est pas un sang que pour la réparer Son ombre et ma douleur daignent considérer : L'ardeur de le venger, dans mon âme allumée, En attendant César, demande Ptolomée.

Tout indigne qu'il est de vivre et de régner, Je sais bien que César se force à l'épargner ; Mais, quoique son amour ait osé vous promettre, Le ciel, plus juste enfin, n'osera le permettre; Et, s'il peut une fois écouter tous mes vœux, Par la main l'un de l'autre ils périront tous deux. Mon âme à ce bonheur, si le ciel me l'envoie. Oubliera ses douleurs pour s'ouvrir à la joie ;

Mais si ce grand souhait demande trop pour moi, Si vous n'en perdez qu'un, ô ciel! perdez le roi.

CLÉOPATRE

Le ciel sur nos souhaits ne règle pas les choses.

r.ORNÉLTE.

Le ciel règle souvent les effets sur les causes, Et rend aux criminels ce qu'ils ont mérité.

CLÉOPATRE

Comme de la justice, il a de la honte.

CORNÉLIE

Oui; mais il fait juger, à voir comme il commence. Que sa justice agit, et non pas sa clémence.

CLÉOPATRE

Souvent de la justice il passe à la douceur.

CORNÉLIE

Reine, je parle en veuve, et vous parlez en sœur. Chacune a son sujet d'aigreur ou de tendresse, Qui dans le sort du roi justement l'intéresse. Apprenons par le sang qu'on aura répandu, Â quels souhaits le ciel a le mieux répondu. Voici votre Achorée.

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