DORANTE, CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE, CLITON
DORANTE
C'est l'effet du malheur qui partout m'accompagne. Depuis que j'ai quitté les guerres d'Allemagne, C'est-à-dire du moins depuis un an entier, Je suis et jour et nuit dedans votre quartier; [des; Je vous cherche en touslieux,aux bals, aux promena-
Vous n'avez que de moi reçu des sérénades ; Et je n'ai pu trouver que cette occasion A vous entretenir de mon alfeclion.
CLARICE
Quoi! vous avez donc vu rAllemagne et la guerre?
Je m'y suis fait quatre ans craindre comme un ton- CLiTON. [nerre.
Que lui va-t-il conter?
DORANTE
Et durant ces quatre ans 11 ne s'est fait combats ni sièges importants, Nos armes n'ont jamais remporté de victoire. Où cette main n'ait eu bonne paît à la gloire; Et même la gazette a souvent divulgués...
CLITON, le tirant jiar la basque.
Savez-vous bien, monsieur, que vous extravaguez?
DORANTE
Tais-toi.
CLITON
Vous rêvez, dis-je, ou...
DORANTE
Tais-toi, misérable.
CLITON
Vous venez de Poitiers, ou je me donne au diable ; Vous en revîntes bier.
DORANTE, à Cliton.
Te tairas-tu, maraud ?
{à Clarice.) Mon nom dans nos succès s'était mis assez haut Pour faire quelque bruit sans beaucoup d'injustice ; Et je suivrais encore un si noble exercice, N'était que l'autre hiver, faisant ici ma cour. Je vous vis et je fus retenu par l'amour. Attaqué par vos yeux, je leur rendis les armes; Je me fis prisonnier de tant d'aimables charmes ; Je leur livrai mon àme ; et ce cœur généreux Dès ce premier moment oublia tout pour eux. Vaincre dans les combats, commander dansl'armée, De mille exploits fameux entier ma renommée. Et tous ces nobles soins qui m'avaient su ravir, Cédèrent aussitôt à ceux de vous servir. ISABELLE, à Clarice, tout bas.
Madame, Alcippe vient; il aura de l'ombrage.