‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 233 sur 373 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

DORANTE

J'ai rompu vos discours d'assez mauvaise grâce : Vous me pardonnerez à l'aise de vous voir.

PHILISTE

Avec nous, de tout temps, vous avez tout pouvoir.

DORANTE

Mais de quoi parliez-vous?

ALCIPPE

D'une galanterie.

DORANTE

D'amour ?

ALCIPPE

Je le présume.

DORANTE

Achevez, je vous prie, Et souffrez qu'à ce mot ma curiosité Vous demande sa part de cette nouveauté.

On dit qu'on a donné musique à quelque dame.

DORANTE

Sur l'eau?

ALCIPPE

Sur l'eau.

DORANTE

Souvent l'onde irrite la flamme.

PHILISTE

Quelquefois.

DORANTE

Et ce fut hier au soir?

ALCIPPE

Hier au soir.

DORANTE

Dans l'ombre de la nuit le feu se fait mieux voir. Le temps était bien pris. Cette dame est-elle belle ?

ALCIPPE

Aux yeux de bien du monde elle passe pour telle.

DORANTE

Et la musique ?

ALCIPPE

Assez pour n'en rien dédaigner.

Quelque collation a pu l'accompagner ?

ALCIPPE

On le dit.

DORANTE

ForI superbe ?

ALCIPPE

Et fort bien ordonnée.

DORANTE

Et vous ne savez point celui qui l'a donnée ?

ALCIPPE

Vous en riez !

DORANTE

Je ris de vous voir étonné D'un divertissement que je me suis donné.

ALCIPPE

Vous ?

DORANTE

Moi-même.

ALCIPPE

Et déjà vous avez fait maîtresse ?

Si je n'en avais fait, j'aurais bien peu d'adresse,

Moi qui depuis un mois suis ici de retour.

11 est vrai que je sors fort peu souvent de jour ;

De nuit, incognito, je rends quelques visites.

Ainsi...

CLiTON, à Dorante, ù l'oreille.

Vous ne savez, monsieur, ce que vous dites.

DORANTE

Tais-toi ; si jamais plus tu me viens avertir...

CLITON

J'enrage de me taire et d'entendre mentir 1

PHILISTE, à Alcippe.

Voyez qu'heureusement dedans cette rencontre Votre rival lui-même à vous-même se montre.

DORANTE, revenant à eux.

Comme à mes chers amis je vousveux tout conter. J'avais pris cinq lialeaux pour mieux tout ajuster , Les quatre contenaient quatre chœurs de musique, Capables de charmer le plus mélancolique. Au premier, violons ; en l'autre, luths et voix ; Des flûtes, au troisième ; au dernier, des hautbois. Qui tour à tour dans l'air poussaient des harmonies Dont on pouvait nommer les douceurs infinies. Le cinquième était grand, tapissé tout exprès De rameaux enlacés pcrur conserver le frais, Dont chaque extrémité portait un doux mélange De bouquets de jasmin, de grenade, et d'orange.

Page 1