ACTE 11I, SCÈNE I
Quelque mauvais rapport m'aurait-il pu noircir ? Dites, que devant lui je vous puisse éolaircir.
ALCII'PE.
Vous le savez assez.
DORANTE
Plus je me considère Moins je découvre en moi ce qui vous peut déplaire.
ALCII'PE.
Kh bien ! puisqu'il vous faut parler plusclairement, Depuis plus de deux ans j'aime secrètement ; Mon affaire est d'accord et la chose vaut faite; Mais pour quelque raison nous la tenons secrète. Cependant à l'objet qui me tient sous sa loi, Et qui sans me trahir ne peut être qu'à moi, Vous avez donné bal, collation, musique ; Et vous n'ignorez pas combien cela me pique. Puisque, pour me jouer un si sensible tour, Vous m'avez à dessein caché votre retour. Et n'avez aujourd'hui (juitté votre embuscade Qu'afin de m'en conter l'histoire par bravade. Ce procédé m'étonne et j'ai lieu de penser Que vous n'avez rien fait qu'afin de m'otfenser.
DORANTE
Si vous pouviez encor douter de mon courage, Je ne vous guérirais ni d'erreur ni d'ombrage, Et nous nous reverrions, si nous étions rivaux ; Mais comme vous savez tous deux ce que je vaux, Écoutez en deux mots l'histoire démêlée :
Celle que cette nuit sur l'eau j'ai régalée N'a pu vous donner lieu de devenir jaloux. Car elle est mariée, et ne peut être à vous; Depuis peu pour affaires elle est ici venue. Et je ne pense pas qu'elle vous soit connue.
ALCIPPE
Je suis ravi, Dorante, en cette occasion. De voir si tôt finir notre division.
DORANTE
Âlcippe, une autre fois donnez moins de croyance Aux premiers mouvements de votre défiance; Jusqu'à mieux savoir tout sachez vous retenir, Et ne commencez plus par où l'on doit finir. Adieu ; je suis à vous.
29V LE MEXTEUR, COMÉDIE.