ACTE IV, SCÈNE
ils parlent et souvent on les daigne écouter. \ tel prix que ce soit, il m'en faut acheter. Si celle-ci venait qui m'a rendu sa lettre, Après ce qu'elle a fait j'ose tout m'en promettre ; Et ce sera hasard si, sans beaucoup d'effort, Je ne trouve moyen de lui payer le port.
CLITON
Certes, vous dites vrai, j'en juge par moi-m^me : Ce n'est point mon humeur de refuser qui m'aime ; Et comme c'est m'aimer que me faire présent, Je suis toujours alors d'un esprit complaisant.
Il est beaucoup d'humeurs pareilles à la tienne.
r.LITON.
Mais, monsieur, attendant que Sabine survienne.
Et que sur son esprit vos dons fussent vertu,
il court quelque bruit sourd qu'Alcippe s'est ballu.
DORA^TE
Contre qui?
r.LITON.
L'on ne sait, mais un confus murmure D'un air pareil au vôtre à peu près le figure; Et, si de tout le jour je vous avais quitté, Je vous soupçonnerais de cette nouveauté.
DORANTE
Tu ne me quittas point pour entrer chez Lucrèce?
CLITON
\h ! monsieur, m'auriez-vous joué ce tour d'adresse?
DORANTE
Nous nous battîmes hier, et j'avais fait serment De ne parler jamais de cet événement; Mais à loi, de mon cœur l'unique secrétaire, A toi de mes secrets le grand dépositaire, Je ne cèlerai rien puisque je l'ai promis.
Depuis cinq ou six mois nous étions ennemis : 11 passa par Poitiers, où nous prîmes querelle; Et comme on nous fit lors une paix telle quelle, Nous sûmes l'un à l'autre en secret protester Qu'à la première vue il en faudrait tàter. Hiernousnousrencontrons; cette ardeur seréveille, Fait de notre embrassade un appel à l'oreille; Je me défais de toi, j'y cours, je le rejoins, Nous vidons sur le pré l'affaire sans témoins; Et, le perçant à jour de deux coups d'estocade, Je le mets hors d'état d'être jamais malade:
306 LE MENTEL'R, COMÉDIE.
Il tombe dans son sang.
CLITON
A ce compte il est mort?
DORANTE
Je le laissai pour tel.
CLITON
Certes, je plains son sort :
Il était honnête homme; et le ciel ne déploie...