‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 280 sur 373 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Sur nos Hers ennemis rejeta nos alarmes ; Et la mort de Trvphon dans un dernier comhat. Changeant tout notre sort, lui rendit tout l'État. Quelque promesse alors qu'il eût faite à la m«>re De remettre ses fils au trône de leur père, 11 témoigna si peu de la vouloir tenir, Qu'elle n'osa jamais les faire revenir.

Ayant régné sept ans, son ardeur militaire Ralluma cette guerre où succomba son frère : Il attaqua le Partlie, et se crut assez fort Pour en venger sur lui la prison et la mort. Jusque dans ses Etals il lui porta la guerre : Il s'y fit partout craindre à l'égal du tonnerre : Il lui donna bataille, où mille beaux exploits... Je vous achèverai le reste une autre fois, Un des princes survient.

(Elle se veut retii-er.)

SCÈXE II

ANTIOCHrS, TIMAGÈ.NE, LAO.MCE.

ANTIOCUUS.

Demeurez, Laonice ; Vous pouvez, comme lui, me rendre un bon office.

Dans l'état où je suis, triste et plein de souci, Si j'espère beaucoup, je crains beaucoup aussi. Un seul mot aujourd'hui, maître de ma fortune, M'ôte ou donne ù jamais le sceptre et Rodogunc, Et de tous les mortels ce secret révélé Me rend le plus content ou le plus désolé. Je vois dans le hasard tous les biens que j'espère. Et ne puis être heureux sans le malheur d'un frère. Mais d'un frère si cher qu'une sainte amitié. Faitsur moide sesmaux rejaillir lamoitié. [tendre: Donc pour moinshasarder j'aimemieux moinspré- Et, pour rompre le coup que mon cceur n'ose al-

[tendrc, Lui cédant de deux biens le plus brillant aux yeux, M'assurer de celui qui m'est plus précieux : Heureux si, sans attendre un fâcheux droit d'aînesse, Pour un trùue incertain j'en obtiens la princesse. Et puis par ce partage épargner les soupirs Qui naîtraient de ma peine ou de ses déplaisirs 1

Va le voir de ma part, Timagène, et lui dire

336 KODOGUNE, TRAGÉDIE,

Que pour cette Iteauté je lui cède l'empire ; Mais porte-lui si haut la douceur de régner, Qu'à cet éclat du trône il se laisse gagner ; Qu'il s'en laisse éblouir jusqu'à ne pas connaître A quel prix je consens de l'accepter pour maître. {Timagène s'en va, et le prince continue à parler à Laonice.) Et vous, en ma faveur voyez ce cher objet, Et tâchez d'abaisser ses yeux sur un sujet Qui peut-être aujourd'hui porterait la couronne, S'il n'attachait les siens à sa seule personne, Et ne la préférait à cet illustre rang [sang.

Pour qui les plus grands cœurs prodiguent tout leur {Timagène rentre sur le théâtre.)

TIMAGÈNE

Seigneur, le prince vient ; et votre amour liii-niêmtî Lui peut sans interprète oll'rir le diadème.

ANTIOCHUS

Ah ! je tremble ; et la peur d'un trop juste refus Rend ma langue muette et mon esprit confus.

SCÈNK m

SÉLEUCIJS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAOMCE,

SliLEUCUS.

Vous puis-jc en confiance expliquer ma pensée?

ANTIOCUUS.

)*arlez ; notre amitié par ce doute est blessée.

SKLKIJCUS.

Hélas! c'est le malheur que je crains aujourd'hui. L'égalité, mon frère, en est le ferme apf»ui ; C'en est le fonden)ent, la liaison, le gage, Et voyant d'im côté tomber tout l'avantage. Avec juste raison je crains (pj'entre nous deux L'égalité rompue en rompe les doux nœuds, Et que ce jour fatal à l'heur de notre vie Jette sur l'un de nous trop de honte ou d'envie.

ANTIOCHUS

Comme nous n'avons eu jamais qu'un sentiment. Celle peur n)e touchait, mon frère, également: Mais, si vous le voulez, j'en sais bien le remède,

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