‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 290 sur 373 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Que m'enseignât la frioire, ou que m'ouvrît le cri- Qui me pût conserver un bien que j'ai chéri [me, Jusqu'il verser pour lui tout le sang d'un mari. Dans l'état pitoyable où m'en réduit la suite, Délices de mon cœur, il l'aul que je te quitte. On m'y force, il le faut : niais on verra quel fruit En recevra bientôt celle qui m'y réduit. L'amour que j'ai [)our loi tourne en haine pour elle: Autant que l'un fut grand, l'autre sera cruelle; Et puisqu'en te perdant j'ai sur qui m'en venger, Ma perle est supportable, et mon mal est léger.

LAuNir.E.

Quoi ! vous ]>arlez encor de vengeance et de haine Pour celle dont vous-même allez faiie une rein»^ !

CLÉOPATRE

Quoi ! je ferais ini roi pour être son é|»oux, Kt m'exposer aux traits de son juste coihtoux ! >"apprendras-lu jamais, âme basse et grossière, Avoir par d'autres yeux que b-syt-ux du vulgaire? Toi qui connais ce peuple, et sais qu'aux champs

[de Mars Lâchement d'unefemme il suit les étendaids ; Que, sans Antiochus, Tryphon m'eut dépouillée ; Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée ; Ne saurais-tu juger «pie si je nomme un roi, C'est i)our le commander, et combattre pour moi ? J'en aile choix en mains avec le droit d'aînesse, Et puisqu'il en laut faire une aide à ma faiblesse, Que la guerre sans lui ne peul se rallumer, J'userai bien du droit que jai de le nommer. On ne moulera point au rang dont je dévale. Qu'en épousant ma haine au lieu de ma rivale ; Cenestqu'enme vengeant qu'on me le peut ravir ; Et je ferai régner qui me voudra servir

LAO.MCE.

Je vous connaissais mal.

CLKOI'ATRE.

Connais-moi tout entière.

Quand je misRodogune en tes mains prisonnière, Ce ne fut ni pitié, ni respect de son rang Qui m'arrêta le bras, et conserva son sang. La mort d'Antiochus me laissait sans armée, Et d'une troupe en hâte à me suivre animée, Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leur jours. M'exposaient à son frère, et faible et sans secours!

348 nODOGUNE. TRAGÉDIE.

Je me voyais perdue à moins d'un tel otage : Il vint, et sa fureur craignit pour ce cher gage ; 1! m'impo?a des lois, exigea des serments, El moi, j'accordai tout pour obtenir du temps. Le temps est un trésor plus grand qu'on ne peut J"en obtins, et je crus obtenir la victoire, [croire: Jai pu reprendre haleine, et sous de faux apprêts... Mais voici mes deux fils que j'ai mandés exprès. Écoute, et tu verras quel est cette hyménée Où se doit terminer cette illustre journée.

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