‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 294 sur 373 · SCÈNE ÏV · texte numérisé non relu

SCÈNE ÏV

SÉLEUCUS, ANTIOCnUS.

SÉLEUCUS

Est-il une constance à l'épreuve du fondre Dont ce cruel arrêt met notre espoir en poudre ?

antiochus.

Est-il un coup de foudre à comparer aux coups Que ce cruel arrêt vient de lancer sur nous?

SÉLEUCUS

0 haines, ô fureurs dignes d'une Mégère ! 0 femme, que je n'ose appeler encor mère! Après que tes forfaits ont régné pleinement, Ne saurais-tu souffrir qu'on règne innocemment? Quels attraits pcnses-tu qu'ait pour nous la couronne, S'il faut qu"un crime égal par ta main nous la donne? Et de quelles horreurs nous doit-elle combler, Si pour monter au trône il faut te ressembler ?

ANTIOCHUS

Gardons plus de respect aux droits de la nature, Et n'imputons qu'au sort notre triste aventure : Nous le nommions cruel, mais il nous était doux Quand il ne nous donnait à combattre que nous. Confidents tout ensemble et rivaux l'un de l'autre, Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre; Cependant, à nousvoir l'un de l'autre rivaux. Nous ne concevions pas la moitié de nos maux.

SÉLEUCUS

Une douleur si sage et si respectueuse. Ou n'est guère sensible, ou guère impétueuse, Et c'est en de tels maux avoir l'esprit bien fort D'en connaître la cause, et l'imputer au sort. Pour moi, je sens les miens avec ])lus de faiblesse ; Plusleurcausem'estchère,etplusreffet m'enblesse; Non que pour m'en venger j^ose entreprendre rien ; Je donnerais encor tout mon sang pour le sien ; Je sais ceque jedois ; mais dans cette contrainte. Si je retiens mon bras, je laisse aller ma plainte ; Et j'estime qu'au point qu'elle nous a blessés Qui ne fait que s'en plaindre a du respect assez. Voyez-vous bien quel est le ministère infâme Qu'ose exiger de nous la haine d'une femme? Voyez-vous qu'aspirant à des crimes nouveaux. De deux princes ses fils elle fait ses bourreaux?

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